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Tsé veut dire ?

Point d'interrogation et d'exclamationCette expression québécoise, au charme légèrement désuet, est d’un sens évident pour tout Québécois francophone, mais beaucoup moins pour l’ensemble des Français. Il faut donc préciser qu’il s’agit d’une contraction de « tu sais ce que je veux dire ». On la retrouve le plus souvent écrit « tsé veut dire», même si elle devrait plutôt s’écrire « tsé veux dire » (si on se fit à sa version non-contractée).

En France, des équivalents aussi courants, mais moins retravaillés par l’usage populaire, seraient « tu vois » ou « t’sais », aussi utilisés au Québec.

Toutes ces phrases sont utilisées aussi bien sous la forme d’interjection que d’interrogation, avec des sens légèrement différents.

La forme interrogative sert à savoir si notre interlocuteur nous comprend, par exemple:

« J’ai l’impression que si je ne lui dis pas maintenant, il va faire une connerie, tsé veux dire? / tu vois?t’sais?»

La forme interjective sert plutôt à signifier l’indignation, exemple:

« Mais je lui ai dit qu’il fallait qu’il rentre tôt, tu vois! / t’sais! / tsé veux dire !»

Maintenant, il est possible de remonter la familiarité d’un cran, en ajoutant les éléments suivants à l’expression québécoise: les mots « kossé » ou « quesse », qui sont des contractions de « qu’est-ce que ».

Voici ce que ça donne:

« Tsé kossé j’veux dire! » ou encore «Tsé quesse j’veux dire!»

Je suppute, pour ma part, que c’est la forte propension au consensus, propre aux peuples nordiques et aussi bien présente au Québec, qui pourrait être la cause de la popularisation de cette expression, au point d’avoir fait qu’elle se soit contractée en de multiples formes. Mais ça, c’est mon opinion.

Cette expression québécoise était très populaire dans les années 60-70-80, même si elle l’est un peu moins de nos jours.

Que signifie selon vous la lente disparition de cette expression parmi les jeunes générations ?

Sur le nerf, le gros nerf…

nerve cell

Être sur les nerfs et taper sur les nerfs sont des expressions communes au Québec et à la France. Il y a  cependant des variantes et d’autres expressions avec le mot « nerf » propres à chaque pays.

Au Québec, on dira de quelqu’un qu’il est sur le gros nerf, alors qu’en France on dira aussi qu’il a les nerfs, ou encore qu’il a les nerfs en boule, à fleur de peau, en pelote, à vif, ou tendus.

En parlant de quelqu’un d’énervant, on dira au Québec qu’il nous tape sur le gros nerf, qu’il nous fait prendre les nerfs, ou encore pogner* les nerfs. En France, on dira plutôt que quelqu’un nous porte ou nous donne sur les nerfs.

Au Québec, on peut interpeller quelqu’un en disant : Heille, les nerfs ! pour le sommer de se calmer. Plus vulgairement, on peut aussi ajouter un sacre: Les nerfs, estie !

Extrait de Fredak.com :
Calme-toi (calme tes nerfs). Pour accentuer : « les nerfs ‘sti ! » = « mais putain calme-toi !! ». Dans ce genre d’expression l’accent québécois est encore plus fort. Donc « nerf » se prononce « naère ».

Les Français utilisent aussi l’expression passer ses nerfs sur quelqu’un, qui signifie se défouler sur quelqu’un (qui n’est généralement pas la source du problème).

Il existe aussi deux expressions en France associant les nerfs à la guerre. L’expression le nerf de la guerre est citée par plusieurs auteurs connus sous la forme du proverbe L’argent est le nerf de la guerre. Cette expression est très ancienne et d’origine latine.

Extrait de L’Internaute.com :
Proverbe latin. Ce proverbe est cité par Cicéron et semble dériver de l’expression : « L’argent est le nerf des affaires. » Il semble avoir été rendu populaire en France par Rabelais dans Gargantua.

L’expression la guerre des nerfs désigne des méthodes utilisées pour saper les défenses d’un adversaire. Par exemple:

– Ils ne sont pas d’accord pour le divorce, alors en cour ça risque d’être la guerre des nerfs.

Pour finir, mentionnons l’expression paquet de nerfs, qui désigne une personne très nerveuse. Cette expression semble être utilisée plus couramment au Québec, bien qu’elle existe aussi en France.

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* Joual du mot « prendre ».

Extrait du « Dictionnaire québécois » :
Pogner : Verbe propre au langage populaire québécois. On l’utilise dans les cas suivants : [1] pour marquer l’acte d’attraper, de choper quelqu’un ou quelque chose ; [2] pour marquer l’acte de prendre quelqu’un sur le fait, de le pincer ; [3] pour indiquer que l’on comprend quelque chose, dans le sens de piger ; [4] pour signaler l’acte de s’émouvoir (ex ; ça me pogne aux tripes!).

Y fa’ frette !

City of Lévis on Saint Lawrence river, provinc...

La ville de Lévis en hiver

Au Québec, en cette fin de mars, il a fait encore des -10ᵒC et on a pu encore dire:

Y fait pas froid, y fa’ frette!

Avec l’accent québécois, on donne toute l’emphase que cette phrase mérite en transformant  « fait » en « fa' » et « froid » en « frette ». J’ajouterai même que, selon moi, le mot joual « frette » conviendrait mieux pour décrire le froid québécois… un froid qui crispe les mâchoires et donne du mordant au parlé!

Noum-noum, d’la bonne soupane!

Gruau et framboises

Gruau et coulis de framboises (Image par Jo Peattie)

Il s’agit d’une bouillie de farine d’avoine ou de maïs agrémentée d’un peu de sucre brun, de coulis de fruits ou (pour le mieux!) de sirop d’érable. Le gruau est reconnu comme un « comfort food » par ses adeptes. Pour ma part, je l’aime accompagné d’une tartine de beurre d’arachide, pour ajouter un côté sucré-salé…

Mais qu’est donc la soupane dans tout cela? Mais du gruau, pardi! Si vous n’avez jamais croisé ce mot, vous pourrez le faire dans la littérature québécoise classique, que ce soit chez Yves Thériaux, Gabrielle Roy ou Yves Beauchemin. Moins en usage aujourd’hui, il s’agit d’un amérindianisme dont l’origine est algonquine et découle du mot « sappaun ». Qui l’eut cru? 😉

Joual

Ca aurait dû être le premier article de ce blog si j’avais fait les choses dans l’ordre…

Qu’est-ce que le joual ?

Ce mot représente par extension deux choses au Québec.

Il a d’abord désigné uniquement le cheval (comme l’expression canasson en France).

C’est par ce mot que le sociolecte (ou l’argot) québécois a été mis en lumière vers la première moitié du 20e siècle. Il a ensuite été appelé le joual.

C’est l’équivalent de l’argot français.

Ciboire et simonak

Le ciboire, objet représenté ci-dessous :

Un ciboire

est couramment utilisé comme sacre au Québec, même si on peut le considérer comme un sacre secondaire (comme « calvaire » par exemple).

Il a comme dérivé :

  • cibole
  • et même cibolak

Il peut être aussi combiné en :

  • caliboire comme combinaison de calisse et de ciboire
  • taboire comme combinaison de tabarnak et ciboire

Toutefois, il ne faut pas croire, comme je l’ai été tenté, qu’il ait aussi comme dérivé simonak. Que nenni!

Simonak a son sens propre et vient plus probablement de « simoniaque », qui se rapporte à la simonie. Qué? Voici un extrait de la définition de Wikipédia :

« La simonie est, pour les chrétiens, l’achat et la vente de biens spirituels, tout particulièrement d’une charge ecclésiastique. »

Ah bah! ouais, moi je vous dis on en apprend tous les jours ! (Merci au commentaire de E. Warren!)

Hostie…

Etrange ce sacre québécois. C’est définitivement le plus utilisé, le sacre « à la petite semaine » comme on dit… C’est le plus inoffensif aussi. Pourtant, c’est bien le symbole du « corps de christ »…!

Les Québécois le prononce « hostie« , « hestie » ou le contracte en  » ‘stie« . On dit aussi parfois comme dérivé « hostine« , plus « soft » encore qu’hostie…

Hostie est le plus souvent à la base de toutes les combinaisons… D’abord les combinaisons simples :

  • hostie de chriss
  • hostie de calisse
  • hostie de tabarnak
  • etc.

Et des combinaisons doubles :

  • hostie de calisse de tabarnak
  • hostie de chriss de tabarnak

Les combinaisons servent à ajouter de l’emphase.

Pour savoir comment placer ces mots dans une phrase québécoise, voir le site suivant qui en a listé les usages de manière assez didactique je trouve…http://www.cyberjean.com/quebec/jurons.php