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Y fa’ frette !

City of Lévis on Saint Lawrence river, provinc...

La ville de Lévis en hiver

Au Québec, en cette fin de mars, il a fait encore des -10ᵒC et on a pu encore dire:

Y fait pas froid, y fa’ frette!

Avec l’accent québécois, on donne toute l’emphase que cette phrase mérite en transformant  « fait » en « fa' » et « froid » en « frette ». J’ajouterai même que, selon moi, le mot joual « frette » conviendrait mieux pour décrire le froid québécois… un froid qui crispe les mâchoires et donne du mordant au parlé!

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Être s’a’ coche et rater le coche!

Deux expressions si proches, mais si loin à la fois… de « vrai » faux-amis!

Dans le coin québécois, nous avons:

« Wow, c’est s’a’ coche!« 

et dans le coin français:

« …et il rate le coche!« 

Utilisant toutes deux le mot « coche« , ces expressions sont « confusantes » comme on dirait au Québec… mais comme il s’agit d’homonymes de genre et de signification différents, elles n’ont pas grand chose à voir. Eclaircissons tout le suite les significations multiples du mot « coche »:

La « coche » (n.f.) de l’expression québécoise est un régionalisme synonyme d’encoche ou d’entaille.

Le « coche » (n.m.) de l’expression française est un terme ancien qui désigne la voiture de transport de personnes conduite par un cocher au 16e siècle.

Maintenant, les expressions en elles-mêmes:

L’expression québécoise, que l’on peut croiser actuellement dans tous les milieux et à la télé québécoise, est constituée d’une contraction d’accent québécois, qui peut la rendre difficile à appréhender pour un Français. C’est pourquoi je prends tout de suite le temps de décrire cette contraction: le « s’a » (sans jeu de mots psychanalytique, s’il vous plaît) est une contraction québécoise très répandue, non-spécifique à cette expression. Pour la comprendre, voici une décomposition de cette contraction par étapes:

Etre s’a’ coche

Etre su’a coche

Etre sur la coche

L’étape intermédiaire « su’a » se dit aussi, quoiqu’elle fait plus ancienne et plus campagnarde. Dans les 2 cas, on laisse traîner le « aa » un peu… mais je m’égare, car quelle que soit la façon dont vous la prononcez, le sens de cette expression reste le même!

Auparavant, l’expression aurait simplement signifié « être très précis », assez littéralement. Mais récemment, le sens de cette expression a commencé à s’élargir pour désigner ce qui est bien et « cool » en général. De plus, il est difficile de traduire le sens de cette expression sans la comparer à une expression anglophone très proche, « on the cutting edge », qui est aussi pas mal sur la coche au sens littéral et figuré! On dirait que la francophone a quelque peu copié ses voisins du sud… Mais ce n’est pas la première, ni la dernière fois que nous sommes influencés par nos voisins!

L’expression française, elle, comporte quelques variantes: rater, manquer ou louper le coche. Elle signifiait d’abord littéralement rater son moyen de transport, pour ensuite désigner le fait de rater une bonne occasion, un momentum. L’expression a ensuite dérivé en « rater le train » (un peu plus contemporain que le coche en France!) qui a le même sens. Ces expressions françaises équivaudrait à l’expression québécoise « rater le bateau« .

Merci à Claude pour son apport de l’expression « rater le coche ». 😉

Hommage aux Têtes à claques

Il faut rendre à César ce qui est à César, les Têtes à Claques (ces humoristes québécois diffusés au Québec et en France) contribuent énormément à diffuser le sens de l’humour québécois et avec lui, une part de son langage populaire.

Comme chaque sketche est une mine d’or d’expressions, en voici ici une retranscription libre avec une petite « traduction » des expressions, des termes et des prononciations employés, qui peuvent rendre certains bouts cryptiques, voire incompréhensibles, pour les auditeurs français…

Pour ce faire, j’ai choisi le sketche « La Pénalité » (particulièrement fleuri, bien sûr, car c’est un hockeyeur qui parle…), que vous pouvez visionner ci-dessous :

http://www.youtube.com/watch?v=xnLgQNmgq5ohttp://www.tetesaclaques.tv/video.php?vid=41#


(Voix haut-parleur: « Pénalité de 2 min. au numéro 32 des Blaireaux de Ste-Thérèse pour rudesse)

Rudesse, rudesse,… j’l’ai juste plaqué, criss1.
On joue-tu au hockey, ou au badmindton icitte2 ?
Bah, j’ai p’t’être rentré d’aplomb dans la bande3 là,
mais, à quoi tu crois qu’y sert notre équipement ?
à nous protéger contre la grippe ?
Ben woyons don’4 ! on est tout « paddés »5 pour ça !

Enwoye6 Bilodeau*, « kill » !!!

Hein, ça a pu de bon sang, ‘stie7,
avec le nouveau règlement,
y a pus moyen8 de se taper s’a yeule9 tranquille, là.
Pénalité, expédition,…
Heille, j’ai-tu d’l’air d’une ringuette10, moi ?
Non, bon ben laisse-moi varger11 dessus criss, ça me détend !
C’est pour ça qu’on fait du sport, pour se détendre…

Envoye Caron*, arrache-y la face !!!

Parce que moi, c’est mes frères qui m’ont appris à jouer.
Ok, la plupart sont en-dedans12 aujourd’hui là,
mais j’ai des maudits bons souvenirs !
On jouait sur la patinoire à côté de l’église,
pis on finissait toujours nos matchs à grands coups de poings s’a yeule, là.
Maudit13 que c’tait plaisant…
Même le curé s’en mêlait; y fessait14 fort le gros…
C’tait le bon vieux temps! Ouen…

Qu’essé tu15 fais, Réjean** ?
Rentre-z’y dedans, tabarnak16 !!!

Ah ‘stie, aujourd’hui les « ref »17 sont tellement sévères, là,
qu’on est obligé de se battre dans les parkings entre les périodes, là.
C’est pas très chic là t’sais18, ça fait un peu ti-coune19...
Tu viens20 que t’as pu le goût…
Ouah, moi je commence à être tanné21 de jouer au hockey,
ouah, ben tanné…

Heille, « check up »22 :
ta blonde23, c’est une plotte24!!! Hin hin hin…

(…)

Mais à toutes les fois que j’veux lâcher, là,
y a toujours un bon chum25 qui trouve le tour de me motiver…

Attend que j’te pogne26 Paquette*,
m’a27 t’encastrer dans un panier, mon ostie !!! »


(alarme de fin de partie)



* Nom de famille
** Prénom
1. Blasphème religieux « christ » couramment utilisé au Québec, prononcé sans le « t » de fin (voir l’article « Oh Christ!« ).
2. « Ici » est souvent prononcé « icitte » au Québec.
3. La « bande » est appelée « balustrade » en France.
4. L’expression populaire « woyons don !' » veut tout simplement dire « voyons ! ». Le « v » de « voyons » est souvent prononcés comme un « w » et le « c » final de « donc » n’est pas prononcé.
5. « Paddé » vient de l’anglais et désigne les équipements de protection contre les chocs, que portent les joueurs.
6. Comme pour « woyons », « envoie » (« envoyer » à l’impératif de la 2e personne) est souvent prononcé « enwoye » au Québec. Ce mot est souvent utillisé pour dire à quelqu’un de se presser (voir l’article « Vite, vite« ).
7. « Stie » est une contraction du blasphème religieux québécois « hostie » (voir l’article « Hostie… »), très couramment utilisé.
8. Expression québécoise très courante voulant dire « c’est pu possible ».
9. Le mot « gueule » est parfois prononcé « yeule » au Québec.
10. Par contraction, on veut parler ici d’une personne qui joue à la ringuette. La ringuette est un sport d’hiver apparenté au hockey, pratiqué majoritairement par des femmes.
11. « Varger » signifie frapper, donner des coups.
12. Comme en France, être « en-dedans » veut dire être en prison.
13. « Maudit » est un des plus vieux blasphèmes québécois toujours en usage.
14. « Fesser » veut dire frapper fort (sans lien avec les fesses).
15. Contraction de « qu’est-ce que tu fais »
16. Blasphème québécois très emphatique (voir l’article « Pour un beau, grand, « tabarnak » libre!« ).
17. Abréviation du mot anglais « referee », signifiant « arbitre ».
18. « t’sais » est une contraction de l’expression très courante « t’sais’veut dire », qui est elle-même une contraction de « tu sais ce que je veux dire ». En France, l’équivalent serait « tu sais », « tu vois », ou encore « tu vois ce que je veux dire ».
19. Un « ti-coune » est une personne pas futée du tout.
20. « Tu viens que t’as pus le goût » pourrait équivaloir à « Tu finis par pus avoir le goût » ou « Tu commence à pus avoir envie. »
21. « Etre tanné », expression très québécoise qui signifie : en avoir marre.
22. Anglais littéral pour attirer l’attention, qui signifie « regarde ça ».
23. Une « blonde » signifie au Québec une conjointe ou une petite amie, qu’elle soit blonde ou pas!
24. Une « plotte » est un mot vulgaire pour désigner le sexe féminin et par extension une femme que l’on résume à son sexe. L’équivalent français se retrouverait plutôt pour les hommes : « ce mec, c’est une vrai bite… ».
25. Un « chum » vient de l’anglais et veut dire « ami ». Selon le contexte, cela peut aussi être utilisé pour signifier « petit ami ».
26. « Pogner » signifie prendre, attraper.
27. « M’a » est une contraction pour « Je vais ».

Les sacres et leurs dérivatifs : les grands principes

 

On ne peut comprendre une conversation courante québécoise sans connaître un minimum de « sacres », fréquemment utilisés pour ponctuer les phrases et ajouter de l’emphase.

Les sacres sont l’équivalent des « gros mots » français, des jurons. Quand, en France, on dira « putain » ou « merde », au Québec, on utilise des mots issus du catholicisme et ses objets rituels.

Donc, voici une liste non-exhaustive (ce serait impossible!) de « sacres » québécois :

  • christ (prononcé « chriss« )
  • calice (prononcé « câlisse« )
  • tabernacle (prononcé « tabarnak« )
  • calvaire
  • ciboire
  • ostie (souvent contracté en « stie »)

et même :

  • sacrement (prononcé « sacrament« )
  • saint-crême
  • baptême
  • vierge (souvent prononcé « viarge« )
  • torieu (qui voudrait dire à l’origine « tord à dieu »)

(ahhh,même à l’écrit, ça défoule…)

Ceci dit, on utilise aussi beaucoup de dérivatifs de ces mots. Un peu comme en France, certains disent « mince » au lieu de « merde », au Québec, on dit:

  • christie ou crime pour chriss
  • câlique ou câlinne pour câlisse
  • tabarnouche, tabarouette ou tabaslak pour tabarnak
  • calvince ou caltor pour calvaire
  • cibolak pour ciboire
  • ostine pour ostie
  • batince ou bateau pour baptême
  • torpinouche à la place de torieu

Et même parfois, des contractions de 2 sacres:

  • caliboire en contraction de calisse et ciboire
  • taboire en contraction de tabarnak et ciboire

Ensuite, pour ajouter de l’emphase, on peut faire des combinaisons :

  • ostie de câlisse
  • ostie de câlisse de tabarnak
  • calisse de criss
  • criss de tabarnak

…vous avez compris le principe : il n’y en a pas! Et c’est toute la beauté de la chose. L’utilisation des « sacres » au Québec est presque passé à l’art d’un sport. Son inventivité se compare à celle du « verlan » français, quoique ce dernier soit beaucoup plus récent.

 

Un ciboire