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Un vrai calvaire…

Le mot « calvaire » est aussi considéré comme un terme religieux et est couramment utilisé au Québec comme blasphème, quoique moins que les précédents (chriss, calisse, tabarnak, hostie).

Il existe aussi des dérivés :

  • calvince
  • caltor

Il est aussi combiné avec ciboire pour donner :

  • caliboire
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Pour un beau, grand, "tabarnak" libre !

Aaaaahhh, le tabernacle, prononcé « tabarnak » par les Québécois, quelle source de soulagement infini! Tout québécois vous dira avec conviction qu’un bon « tabarnak » bien placé est un ultime défouloir et peut vous éviter bien des consultations de psy!

Mais pourquoi « tabarnak » plus qu’un autre sacre? En amoureuse de ce mot, je vous dirais que c’est par ses consonnes bien marquées et sa voyelle constante (dans la bouche du Québécois du moins) que ce mot a quelque chose de complet, total quand on le prononce.

Il est d’ailleurs notable que ce beau « tabarnak » se prononce avec des « a » non pas « bas » (comme dans « calisse ») mais haut (et le plus nasillard possible, selon moi).

Donc, le sacre « tabarnak » n’est pas le plus utilisé car il est réservé pour les grandes occasions (pour ne pas l’user trop…), mais il est le plus grand !

Tout ceci étant dit, il est normal que ce sacre ait quelques dérivés savoureux, quoique plus loufoques que cathartiques, à son actif. Voici :

  • tabarnouche
  • tabarouette
  • tabaslak
  • et même (dans sa version la plus « soft ») tableau

Aussi, il existe une contraction avec ciboire :

  • taboire

Le calice sacré

Le calice, prononcé au Québec « calisse » (avec un « a » très bas), est sûrement le deuxième sacre le plus courant au Québec, après « chriss ».

Pour la forme, et pour le rappeler à tous qui ont oublié à quoi réfère vraiment ce mot, voici une petite photo prise dans un musée à Saint-Malo :

 

Voilà, voilà.

Ceci étant fait…

Il me faut préciser que les formes les plus « satisfaisantes » de l’usage du mot (et aussi les plus courantes) sont sans conteste :

  • Hostie de calisse
  • Calisse de tabarnak

 

De plus,

Les dérivés de « calisse » sont :

  • calique
  • caline

Il y a aussi quelques contractions avec d’autres blasphèmes :

  • caliboire (prononcé calibouère) en contraction avec ciboire (voir article sur ce mot)*

 

Je crois bien qu’il doit y en avoir d’autres et je les ajouterai dès qu’elles me reviendront à ce message… n’hésitez surtout pas à me les rappeler!

Oh Christ!

Un des premiers sacres ou blasphème du Québec, dont on a l’impression qu’il a été à l’origine (!) de tous les autres, c’est « christ« .

Bien sûr, c’est aussi le blasphème le plus fort fait à la religion, puisqu’il s’attaque au coeur même de celle-ci.

Je ne vais pas tenter ici d’analyser le pourquoi du comment les québécois sont arrivés à utiliser ces mots dans leur langage de tous les jours. Je peux seulement dire que des années de domination de la religion catholique sur le peuple québécois doit avoir quelque chose à voir avec tout ça et que les sacres ont quand même perdurés (même si aujourd’hui les québécois sont de plus en plus indifférents à la religion) peut-être à cause du caractère insoumis qu’ils rappellent toujours au Québécois. Voilà, je ne suis ni linguiste, ni sociologue et mon but n’est pas ici d’analyser ce phénomène…

Revenons à nos expressions!

Donc, le blasphème antédiluvien « christ » est prononcé par les Québécois « chriss ». On ne prononce jamais le « t ».

Voici ses dérivés :

  • christie
  • crime

Comme souvent, les dérivés sont beaucoup plus « cul-cul » et presque loufoques. Ils sont utilisés soit par quelqu’un qui a l’habitude de sacrer mais qui se reprend au dernier moment « chriss….tie », « cri…..me »,… ou par des grand-mères, bien sous tout rapport, habituées à entendre et utiliser ces expressions sans parfois réaliser leur origine.

Déguédine Zidane…

 

Heu… non, l’expression à la base serait seulement « Déguédine », mais comment résister, ces deux mots s’appellent irrésistiblement.

On peut mettre cette expression québécoise en situation de la manière suivante:

Enwoye, grouille-toi, déguédine,… on va être en retard!

« Grouille-toi » et « Déguédine » veulent toutes les deux dire « se dépêcher ». On trouve aussi bien sûr la variante « Grouille-toi le cul ». On voit moins couramment « Déguédine-toi le cul », bien que cela pourrait être admis, car « Déguédine « est une expression en soi assez forte pour ne pas nécessiter d’y ajouter quoique ce soit…

 

 

Se viander… Tout déwrenché

« Se viander » veut dire se faire mal ou se blesser physiquement :

« Je me suis viandé en bicyclette« 

J’adore cette expression française qui veut tout simplement dire tomber ou se faire mal, tout en utilisant un hyperbole très imagé : se blesser au point de se transformer en tas de chair morte, en viande… Une expression très « gore » pour un étranger !

Elle peut aussi être utilisée au figuré pour dire que l’on a échoué :

« Je me suis viandé à l’examen« 

A l’origine, je n’avais pas trouvé d’équivalent québécois pour cette expression française, mais à la demande générale et comme tout le monde y est allé de sa petite suggestion, voici un florilège d’équivalents au sens plus ou moins complets:

  • « se déwrencher« : cela vient de l’anglais « to wrench » qui veut dire tordre ou arracher quelque chose. Une « wrench » veut aussi dire une entorse en anglais. Ca recoupe donc le fait de se faire mal dans « se viander »;
  • « se décalisser la yeule » : qui équivaut plutôt à « se pêter la gueule », comme c’est dit en France et au Québec (au Québec « gueule » est souvent prononcé « yeule » pour plus d’emphase);
  • « pogner une plonge » : celle-ci équivaut bien au sens de tomber (le plus souvent en bicyclette) dans « se viander » (« pogner » veut dire prendre; « plonge », plonger);
  • « prendre une débarque« : équivaut aussi à tomber, mais peut aussi avoir un sens plus figuré c’est-à-dire de réaliser quelque chose qui nous étonne beaucoup et même nous déçoit…
  • « bêcher« : qui veut tout simplement dire tomber;
  • « se planter« : peut vouloir dire tomber, mais dans un sens plus figuré peut vouloir dire se tromper complètement (sans la déception de la débarque…).

Voilà pour le « petit » tour des équivalences potentielles… Merci à tous!

C’est tiguidou ! (mise-à-jour)

Fromage Le Tiguidou

Fromage Le Tiguidou

C’est tiguidou est une expression bien québécoise qui veut dire : c’est parfait, ça marche, c’est d’accord.

Il y a aussi l’extension suivante :

C’est tiguidou, r’y trou !

« R’y trou » est une contraction modifiée de « right through », signifiant disons : en plein dedans.

Et enfin cette variante :

C’est tiguidou, s’a slide !

« S’a slide », probablement une contraction de « sur la slide », est difficile à expliquer, mais reviens à dire que tout glisse, est fluide.

Ceci dit, je ne trouve pas l’origine du mot tiguidou. Quelqu’un, une piste ?

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Mise-à-jour

Le mot « Tiguidou », origines

Tout d’abord, voici une variante que j’avais oubliée de mentionner, qui réfère presque plus à un accent en fait:

C’est diguidou!

Il ne faudrait pas non  plus passer sous silence le pouvoir « mignon » du mot « Tiguidou« , encore plus fort avec la variante « Diguidou » selon moi…

Pour ce qui est de l’origine, beaucoup de théories possible…

Une théorie populaire semble être liée à une expression d’origine anglaise, voire tibétaine.

(Je sais, c’est incroyable, regardez les commentaires du billet…)

Voici ce que j’en pense:

L’expression anglaise ou écossaise « tickety-boo » encore utilisée au Canada a bel et bien une sonorité un peu similaire à « tiguidou » (Pour plus d’information sur l’origine de « tickety-boo« ). Il faut reconnaître qu’on peut voir une certaine affiliation, aussi avec d’autres expressions anglaises telle que « okey-dokey » (cette fois pas pour sa sonorité) pour leur ludisme et leur signification très proche.

Reste qu’il est très difficile à ce point de se prononcer clairement sur le sujet. Je n’ai pas encore trouvé de sources sûres pour l’instant.

Le billet « Tiguidou n’est point ketchup » écrit par Benoît Melançon (sur son blog très intéressant L’Oreille tendue) fait le point sur plusieurs pistes d’origine:

À propos de son étymologie, on se déchire : «De l’anglais jig (“gigue”), et do (“faire”)», affirme Wiktionary; de l’anglais «tickety-boo» ou de l’hindi «Tickee babu», ose le WordReferenceHerb McLeod croit aussi à une origine anglaise, mais son choix va à «tic-a-de-do». Le Petit Robert est prudent sur ce plan («origine inconnue»), mais malheureusement pas en matière de datation (le mot est apparu bien avant 1976).

Cependant, pas d’inquiétude, le mot n’est pas en voie d’extinction, car il est bien ancré dans la culture québécoise d’antan et d’aujourd’hui.

Pour preuve, Nicolas Dickner commente ce billet en citant Jacques Ferron qui utilise l’expression dans son roman « Le Ciel de Québec » (1969):

  • Il n’y a qu’un moyen de l’apaiser.
  • Quel est-il, Monseigneur?
  • Approchez-vous de la berge, faites un grand signe de croix, puis criez très fort : c’est tiguidou !

Le cardinal s’approche de la berge, fait un grand signe de croix, crie: « C’est tiguidou ! » et Mgr Camille se calme, reprenant place dans son vitrail d’automne.

  • Monseigneur Camille, vous direz ce que vous voudrez, mais moi je pense que les prélats de Québec, ce sont de fameux originaux.
  • Cela se peut, Éminence.

Aussi, l’expression est présente dans au moins une chanson de Robert Charlebois, « Le Réel à Pauline »:

Mais ça fait rien, je l’aime pareil mon gros
C’est un bon garçon, y est pas trop guerlot
Non pas ce soir, mon beau Pitou
Ah tigidou, je l’aime right through

De plus, un fromage cheddar a même été nommé « Le Tiguidou » par la Fromagerie La Chaudière!

Bref, l’expression « Tiguidou » a encore de belles heures devant elle!