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Parle-moi de t’ça

borat thumbs-upCette expression québécoise est utilisée de manière familière pour montrer toute son approbation pour quelque chose. Généralement, elle sera suivie de son appréciation du sujet, par exemple de la manière suivante:

« Parle-moi de t’ça, des beaux projets! »

(Ça sonne un peu comme une pub ça, non? Je n’arrive pas à m’en rappeler, quelqu’un s’en souvient?)

Elle peut aussi être réduite à sa plus simple expression, pour signifier son approbation sans ajouter de commentaire:

« Parle-moi de t’ça! » ; ou encore à la 2e personne: « Parlez-moi de t’ça!« 

Ce serait un peu comme si on dirait:

« On aime ça, des bonnes nouvelles de même! »

Évidemment, ce dernier usage des mots « de même » est aussi bien québécois, mais c’est un autre dossier et nous y reviendrons une autre fois.

Un équivalent qui se dit aussi au Québec (et en France?) pourrait être :

« Là, tu parles! »

Dans la même veine, on dirait au Québec tout simplement (même si c’est pas du tout en français!):

« Yes sir!« , voire même un beau « Yes sir, mon homme!« 

(Remarquez l’étrangeté du « sir » et « mon homme », l’un après l’autre!)

Un mystère persiste cependant pour moi, d’où vient le « t » de « de t’ça »? Car il faut bien dire qu’on n’entendrait jamais cette expression dit de la manière suivante:

« Parle-moi de cela! »

Pour être comprise et pour avoir toute sa portée d’enthousiasme, cette expression doit bel et bien être dite avec l’accent et les contractions québécoises.

Peut-être était-ce dit « parlez-moi de tout ça » auparavant?

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Tsé veut dire ?

Point d'interrogation et d'exclamationCette expression québécoise, au charme légèrement désuet, est d’un sens évident pour tout Québécois francophone, mais beaucoup moins pour l’ensemble des Français. Il faut donc préciser qu’il s’agit d’une contraction de « tu sais ce que je veux dire ». On la retrouve le plus souvent écrit « tsé veut dire», même si elle devrait plutôt s’écrire « tsé veux dire » (si on se fit à sa version non-contractée).

En France, des équivalents aussi courants, mais moins retravaillés par l’usage populaire, seraient « tu vois » ou « t’sais », aussi utilisés au Québec.

Toutes ces phrases sont utilisées aussi bien sous la forme d’interjection que d’interrogation, avec des sens légèrement différents.

La forme interrogative sert à savoir si notre interlocuteur nous comprend, par exemple:

« J’ai l’impression que si je ne lui dis pas maintenant, il va faire une connerie, tsé veux dire? / tu vois?t’sais?»

La forme interjective sert plutôt à signifier l’indignation, exemple:

« Mais je lui ai dit qu’il fallait qu’il rentre tôt, tu vois! / t’sais! / tsé veux dire !»

Maintenant, il est possible de remonter la familiarité d’un cran, en ajoutant les éléments suivants à l’expression québécoise: les mots « kossé » ou « quesse », qui sont des contractions de « qu’est-ce que ».

Voici ce que ça donne:

« Tsé kossé j’veux dire! » ou encore «Tsé quesse j’veux dire!»

Je suppute, pour ma part, que c’est la forte propension au consensus, propre aux peuples nordiques et aussi bien présente au Québec, qui pourrait être la cause de la popularisation de cette expression, au point d’avoir fait qu’elle se soit contractée en de multiples formes. Mais ça, c’est mon opinion.

Cette expression québécoise était très populaire dans les années 60-70-80, même si elle l’est un peu moins de nos jours.

Que signifie selon vous la lente disparition de cette expression parmi les jeunes générations ?

Y fa’ frette !

City of Lévis on Saint Lawrence river, provinc...

La ville de Lévis en hiver

Au Québec, en cette fin de mars, il a fait encore des -10ᵒC et on a pu encore dire:

Y fait pas froid, y fa’ frette!

Avec l’accent québécois, on donne toute l’emphase que cette phrase mérite en transformant  « fait » en « fa' » et « froid » en « frette ». J’ajouterai même que, selon moi, le mot joual « frette » conviendrait mieux pour décrire le froid québécois… un froid qui crispe les mâchoires et donne du mordant au parlé!

Être s’a’ coche et rater le coche!

Deux expressions si proches, mais si loin à la fois… de « vrai » faux-amis!

Dans le coin québécois, nous avons:

« Wow, c’est s’a’ coche!« 

et dans le coin français:

« …et il rate le coche!« 

Utilisant toutes deux le mot « coche« , ces expressions sont « confusantes » comme on dirait au Québec… mais comme il s’agit d’homonymes de genre et de signification différents, elles n’ont pas grand chose à voir. Eclaircissons tout le suite les significations multiples du mot « coche »:

La « coche » (n.f.) de l’expression québécoise est un régionalisme synonyme d’encoche ou d’entaille.

Le « coche » (n.m.) de l’expression française est un terme ancien qui désigne la voiture de transport de personnes conduite par un cocher au 16e siècle.

Maintenant, les expressions en elles-mêmes:

L’expression québécoise, que l’on peut croiser actuellement dans tous les milieux et à la télé québécoise, est constituée d’une contraction d’accent québécois, qui peut la rendre difficile à appréhender pour un Français. C’est pourquoi je prends tout de suite le temps de décrire cette contraction: le « s’a » (sans jeu de mots psychanalytique, s’il vous plaît) est une contraction québécoise très répandue, non-spécifique à cette expression. Pour la comprendre, voici une décomposition de cette contraction par étapes:

Etre s’a’ coche

Etre su’a coche

Etre sur la coche

L’étape intermédiaire « su’a » se dit aussi, quoiqu’elle fait plus ancienne et plus campagnarde. Dans les 2 cas, on laisse traîner le « aa » un peu… mais je m’égare, car quelle que soit la façon dont vous la prononcez, le sens de cette expression reste le même!

Auparavant, l’expression aurait simplement signifié « être très précis », assez littéralement. Mais récemment, le sens de cette expression a commencé à s’élargir pour désigner ce qui est bien et « cool » en général. De plus, il est difficile de traduire le sens de cette expression sans la comparer à une expression anglophone très proche, « on the cutting edge », qui est aussi pas mal sur la coche au sens littéral et figuré! On dirait que la francophone a quelque peu copié ses voisins du sud… Mais ce n’est pas la première, ni la dernière fois que nous sommes influencés par nos voisins!

L’expression française, elle, comporte quelques variantes: rater, manquer ou louper le coche. Elle signifiait d’abord littéralement rater son moyen de transport, pour ensuite désigner le fait de rater une bonne occasion, un momentum. L’expression a ensuite dérivé en « rater le train » (un peu plus contemporain que le coche en France!) qui a le même sens. Ces expressions françaises équivaudrait à l’expression québécoise « rater le bateau« .

Merci à Claude pour son apport de l’expression « rater le coche ». 😉

Hommage aux Têtes à claques

Il faut rendre à César ce qui est à César, les Têtes à Claques (ces humoristes québécois diffusés au Québec et en France) contribuent énormément à diffuser le sens de l’humour québécois et avec lui, une part de son langage populaire.

Comme chaque sketche est une mine d’or d’expressions, en voici ici une retranscription libre avec une petite « traduction » des expressions, des termes et des prononciations employés, qui peuvent rendre certains bouts cryptiques, voire incompréhensibles, pour les auditeurs français…

Pour ce faire, j’ai choisi le sketche « La Pénalité » (particulièrement fleuri, bien sûr, car c’est un hockeyeur qui parle…), que vous pouvez visionner ci-dessous :

http://www.youtube.com/watch?v=xnLgQNmgq5ohttp://www.tetesaclaques.tv/video.php?vid=41#


(Voix haut-parleur: « Pénalité de 2 min. au numéro 32 des Blaireaux de Ste-Thérèse pour rudesse)

Rudesse, rudesse,… j’l’ai juste plaqué, criss1.
On joue-tu au hockey, ou au badmindton icitte2 ?
Bah, j’ai p’t’être rentré d’aplomb dans la bande3 là,
mais, à quoi tu crois qu’y sert notre équipement ?
à nous protéger contre la grippe ?
Ben woyons don’4 ! on est tout « paddés »5 pour ça !

Enwoye6 Bilodeau*, « kill » !!!

Hein, ça a pu de bon sang, ‘stie7,
avec le nouveau règlement,
y a pus moyen8 de se taper s’a yeule9 tranquille, là.
Pénalité, expédition,…
Heille, j’ai-tu d’l’air d’une ringuette10, moi ?
Non, bon ben laisse-moi varger11 dessus criss, ça me détend !
C’est pour ça qu’on fait du sport, pour se détendre…

Envoye Caron*, arrache-y la face !!!

Parce que moi, c’est mes frères qui m’ont appris à jouer.
Ok, la plupart sont en-dedans12 aujourd’hui là,
mais j’ai des maudits bons souvenirs !
On jouait sur la patinoire à côté de l’église,
pis on finissait toujours nos matchs à grands coups de poings s’a yeule, là.
Maudit13 que c’tait plaisant…
Même le curé s’en mêlait; y fessait14 fort le gros…
C’tait le bon vieux temps! Ouen…

Qu’essé tu15 fais, Réjean** ?
Rentre-z’y dedans, tabarnak16 !!!

Ah ‘stie, aujourd’hui les « ref »17 sont tellement sévères, là,
qu’on est obligé de se battre dans les parkings entre les périodes, là.
C’est pas très chic là t’sais18, ça fait un peu ti-coune19...
Tu viens20 que t’as pu le goût…
Ouah, moi je commence à être tanné21 de jouer au hockey,
ouah, ben tanné…

Heille, « check up »22 :
ta blonde23, c’est une plotte24!!! Hin hin hin…

(…)

Mais à toutes les fois que j’veux lâcher, là,
y a toujours un bon chum25 qui trouve le tour de me motiver…

Attend que j’te pogne26 Paquette*,
m’a27 t’encastrer dans un panier, mon ostie !!! »


(alarme de fin de partie)



* Nom de famille
** Prénom
1. Blasphème religieux « christ » couramment utilisé au Québec, prononcé sans le « t » de fin (voir l’article « Oh Christ!« ).
2. « Ici » est souvent prononcé « icitte » au Québec.
3. La « bande » est appelée « balustrade » en France.
4. L’expression populaire « woyons don !' » veut tout simplement dire « voyons ! ». Le « v » de « voyons » est souvent prononcés comme un « w » et le « c » final de « donc » n’est pas prononcé.
5. « Paddé » vient de l’anglais et désigne les équipements de protection contre les chocs, que portent les joueurs.
6. Comme pour « woyons », « envoie » (« envoyer » à l’impératif de la 2e personne) est souvent prononcé « enwoye » au Québec. Ce mot est souvent utillisé pour dire à quelqu’un de se presser (voir l’article « Vite, vite« ).
7. « Stie » est une contraction du blasphème religieux québécois « hostie » (voir l’article « Hostie… »), très couramment utilisé.
8. Expression québécoise très courante voulant dire « c’est pu possible ».
9. Le mot « gueule » est parfois prononcé « yeule » au Québec.
10. Par contraction, on veut parler ici d’une personne qui joue à la ringuette. La ringuette est un sport d’hiver apparenté au hockey, pratiqué majoritairement par des femmes.
11. « Varger » signifie frapper, donner des coups.
12. Comme en France, être « en-dedans » veut dire être en prison.
13. « Maudit » est un des plus vieux blasphèmes québécois toujours en usage.
14. « Fesser » veut dire frapper fort (sans lien avec les fesses).
15. Contraction de « qu’est-ce que tu fais »
16. Blasphème québécois très emphatique (voir l’article « Pour un beau, grand, « tabarnak » libre!« ).
17. Abréviation du mot anglais « referee », signifiant « arbitre ».
18. « t’sais » est une contraction de l’expression très courante « t’sais’veut dire », qui est elle-même une contraction de « tu sais ce que je veux dire ». En France, l’équivalent serait « tu sais », « tu vois », ou encore « tu vois ce que je veux dire ».
19. Un « ti-coune » est une personne pas futée du tout.
20. « Tu viens que t’as pus le goût » pourrait équivaloir à « Tu finis par pus avoir le goût » ou « Tu commence à pus avoir envie. »
21. « Etre tanné », expression très québécoise qui signifie : en avoir marre.
22. Anglais littéral pour attirer l’attention, qui signifie « regarde ça ».
23. Une « blonde » signifie au Québec une conjointe ou une petite amie, qu’elle soit blonde ou pas!
24. Une « plotte » est un mot vulgaire pour désigner le sexe féminin et par extension une femme que l’on résume à son sexe. L’équivalent français se retrouverait plutôt pour les hommes : « ce mec, c’est une vrai bite… ».
25. Un « chum » vient de l’anglais et veut dire « ami ». Selon le contexte, cela peut aussi être utilisé pour signifier « petit ami ».
26. « Pogner » signifie prendre, attraper.
27. « M’a » est une contraction pour « Je vais ».

C’est tiguidou ! (mise-à-jour)

Fromage Le Tiguidou

Fromage Le Tiguidou

C’est tiguidou est une expression bien québécoise qui veut dire : c’est parfait, ça marche, c’est d’accord.

Il y a aussi l’extension suivante :

C’est tiguidou, r’y trou !

« R’y trou » est une contraction modifiée de « right through », signifiant disons : en plein dedans.

Et enfin cette variante :

C’est tiguidou, s’a slide !

« S’a slide », probablement une contraction de « sur la slide », est difficile à expliquer, mais reviens à dire que tout glisse, est fluide.

Ceci dit, je ne trouve pas l’origine du mot tiguidou. Quelqu’un, une piste ?

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Mise-à-jour

Le mot « Tiguidou », origines

Tout d’abord, voici une variante que j’avais oubliée de mentionner, qui réfère presque plus à un accent en fait:

C’est diguidou!

Il ne faudrait pas non  plus passer sous silence le pouvoir « mignon » du mot « Tiguidou« , encore plus fort avec la variante « Diguidou » selon moi…

Pour ce qui est de l’origine, beaucoup de théories possible…

Une théorie populaire semble être liée à une expression d’origine anglaise, voire tibétaine.

(Je sais, c’est incroyable, regardez les commentaires du billet…)

Voici ce que j’en pense:

L’expression anglaise ou écossaise « tickety-boo » encore utilisée au Canada a bel et bien une sonorité un peu similaire à « tiguidou » (Pour plus d’information sur l’origine de « tickety-boo« ). Il faut reconnaître qu’on peut voir une certaine affiliation, aussi avec d’autres expressions anglaises telle que « okey-dokey » (cette fois pas pour sa sonorité) pour leur ludisme et leur signification très proche.

Reste qu’il est très difficile à ce point de se prononcer clairement sur le sujet. Je n’ai pas encore trouvé de sources sûres pour l’instant.

Le billet « Tiguidou n’est point ketchup » écrit par Benoît Melançon (sur son blog très intéressant L’Oreille tendue) fait le point sur plusieurs pistes d’origine:

À propos de son étymologie, on se déchire : «De l’anglais jig (“gigue”), et do (“faire”)», affirme Wiktionary; de l’anglais «tickety-boo» ou de l’hindi «Tickee babu», ose le WordReferenceHerb McLeod croit aussi à une origine anglaise, mais son choix va à «tic-a-de-do». Le Petit Robert est prudent sur ce plan («origine inconnue»), mais malheureusement pas en matière de datation (le mot est apparu bien avant 1976).

Cependant, pas d’inquiétude, le mot n’est pas en voie d’extinction, car il est bien ancré dans la culture québécoise d’antan et d’aujourd’hui.

Pour preuve, Nicolas Dickner commente ce billet en citant Jacques Ferron qui utilise l’expression dans son roman « Le Ciel de Québec » (1969):

  • Il n’y a qu’un moyen de l’apaiser.
  • Quel est-il, Monseigneur?
  • Approchez-vous de la berge, faites un grand signe de croix, puis criez très fort : c’est tiguidou !

Le cardinal s’approche de la berge, fait un grand signe de croix, crie: « C’est tiguidou ! » et Mgr Camille se calme, reprenant place dans son vitrail d’automne.

  • Monseigneur Camille, vous direz ce que vous voudrez, mais moi je pense que les prélats de Québec, ce sont de fameux originaux.
  • Cela se peut, Éminence.

Aussi, l’expression est présente dans au moins une chanson de Robert Charlebois, « Le Réel à Pauline »:

Mais ça fait rien, je l’aime pareil mon gros
C’est un bon garçon, y est pas trop guerlot
Non pas ce soir, mon beau Pitou
Ah tigidou, je l’aime right through

De plus, un fromage cheddar a même été nommé « Le Tiguidou » par la Fromagerie La Chaudière!

Bref, l’expression « Tiguidou » a encore de belles heures devant elle!

J’en ai plein mon cass’ !

Pour comprendre l’expression québécoise « en avoir plein son cass’« , il faut d’abord savoir que la contraction « cass' » (on prononce bien le « ss ») vient du mot « casque ». On comprend alors facilement que cela veut dire « en avoir assez » ou être contrarié par une situation.

Autre expression qui dit à peu près la même chose : « en avoir son maudit voyage« . Le mot « voyage » est ici pris dans le sens de cargaison ou chargement.

En France, ils ont un équivalent que j’aime beaucoup, c’est « en avoir ras le pompon » (origine de la marine, voir commentaire) et, plus vulgaire, « en avoir ras la touffe » (je crois que le sens de « touffe » est assez international pour que j’explique, non?). Encore mieux, il y a encore comme variante « en avoir ras le bonbon« .

Il y a aussi le grand classique « en avoir plein le cul » qui est commun au Québec et à la France.