Toucher sa bille

Toucher sa bille (Photo par Barfisch sous license CC-BY-SA 3.0)Cette métaphore est un euphémisme utilisé par les Français pour s’octroyer un certain don, habileté ou compétence. Lorsqu’utilisée à la 1ère personne, elle permet aussi de témoigner d’une bonne dose de fausse modestie. La personne affectée dira nonchalament, d’un air absent:

Mouais, je touche ma bille…

Un québécois pourra être très intrigué par cette expression, trop proche de l’expression « se toucher » pour ne pas y faire penser! Mais de quelle bille s’agit-il?

Selon Wikipedia, l’expression serait empruntée au billard. Elle se rapprochait plutôt de l’expression « en toucher » qui veut dire être adroit, compétent, habile. Son contraire serait « ne pas en toucher une« .😀

Il faut mentionner que l’expression peut se conjuguer à différentes personnes (tu touches ta bille, il/elle touche sa bille,…).

À ne pas confondre cette expression « être sur la touche », qui signifie être mis à distance ou exclu, qui viendrait plutôt de sports de ballon.

Perpète-lès-Oies vs. Chibougamau

Saint-Louis-du-Ha! Ha!, Quebec, Canada,

Saint-Louis-du-Ha! Ha!, Quebec, Canada.
(Auteur P199)

En cette période de vacances, nous serons nombreux à nous rendre vers ces deux contrées qui, même si l’une d’entre elles existe bel et bien, représentent tout un imaginaire de lointain, d’éloignement, de solitude et d’isolement…

Ces représentations font rêver de nos jours et constituent des attraits positifs et prisés, comme il se fait de plus en plus difficile de s’éloigner de la « civilisation »… Si celle-ci gagne chaque année un peu plus de terrain sur la ruralité et la vie sauvage, il n’en demeure pas moins essentiel pour les humains de se reconnecter à la nature et heureusement, les vacances sont  là pour ça pour beaucoup d’entre nous. D’ailleurs, l’origine de mot « vacances » vient de « terre non-cultivées », je dis ça juste comme ça…

Mais revenons à nos moutons! Il faut préciser que ces expressions ont étés adoptées avant la démocratisation de nos intérêts biens urbains (certains diront même boho-chic ou bobo) d’éloignement et qu’elles étaient utilisés principalement de manière péjorative, évoquant plutôt le cul-de-sac…

Tout d’abord, voici l’étymologie de « Perpète-lès-Oies » tel que donné par Wiktionnaire:

« De perpète qui indique un endroit lointain et oie qui indique un aspect rural comme dans Trifouillis-les-Oies. »

« Nom de lieu imaginaire, employé pour signifier qu’une personne habite dans un lieu isolé, difficile d’accès, un bled, un trou perdu.
Ex: Il vit à Perpète-lès-Oies. » 

A la lecture de cet article de Wiktionnaire, on se rend vite compte qu’il y a beaucoup d’autres expressions de ce genre que les français ont inventés afin de ne pas froisser directement leurs concitoyens (bien qu’ils utiliseront « Tombouctou » de la même manière…).

Voici mes préférées:

  • Perpète-la-Galette (pour les sons)
  • Pétaouchnok (créée dans le but d’imiter un nom de ville russe!)
  • Tataouine-les-Bains (Tataouine était près d’un bagne militaire français en Tunisie, « les-Bains » est un suffixe courant dans les campagnes françaises)
  • et bien sûr « Trou du cul du monde« , un classique.

Au Québec – qui aime bien châtie bien –, nous utilisons souvent une ville bien de chez nous pour signifier la même chose et, chanceuse, c’est Chibougamau qui a écopé! Je me demande bien quel est le ressenti des gens de cette ville à ce sujet…

« Oublie ça, on va pas là, c’est à Chibougamau! »

Plus politiquement correct, nous avons aussi inventé des noms de villes imaginaires de la même manière que les Français:

Comme les Français, nous n’avons pas eu à aller bien loin pour inspirer ces noms farfelus, notre toponomie réelle en répertoriant déjà son lot.

Il me faut mentionner au passage cette pépite québécoise: le village Saint-Louis-du-Ha ! Ha ! tout près de Rivière-du-Loup, peut-être le seul nom de ville au monde comportant des points d’exclamation. Village bien réel fondé en 1874 au Québec, il se dénommerait ainsi pour cette raison:

Selon la Commission de toponymie du Québec, un haha est un archaïsme de la langue française qui désigne un cul-de-sac ou un obstacle inattendu. (Extrait de l’excellent jeux-questionnaire « Ces villages aux noms insolites » de Pierre Duchesneau dans L’actualité)

Et nous restons dans le thème en venant vers la notion de cul-de-sac…!

Autre question sur ce nom de village : aurait-il inspiré le nom de la série d’émissions d’humour québécoises très populaires des années 80: « Les Lundis des ha! ha! »?

Ahh pour le plaisir uniquement, voici une introduction générique de ces émissions excellentes, animées par le duo d’humoristes québécois Ding et Dong:

Parle-moi de t’ça

borat thumbs-upCette expression québécoise est utilisée de manière familière pour montrer toute son approbation pour quelque chose. Généralement, elle sera suivie de son appréciation du sujet, par exemple de la manière suivante:

« Parle-moi de t’ça, des beaux projets! »

(Ça sonne un peu comme une pub ça, non? Je n’arrive pas à m’en rappeler, quelqu’un s’en souvient?)

Elle peut aussi être réduite à sa plus simple expression, pour signifier son approbation sans ajouter de commentaire:

« Parle-moi de t’ça! » ; ou encore à la 2e personne: « Parlez-moi de t’ça!« 

Ce serait un peu comme si on dirait:

« On aime ça, des bonnes nouvelles de même! »

Évidemment, ce dernier usage des mots « de même » est aussi bien québécois, mais c’est un autre dossier et nous y reviendrons une autre fois.

Un équivalent qui se dit aussi au Québec (et en France?) pourrait être :

« Là, tu parles! »

Dans la même veine, on dirait au Québec tout simplement (même si c’est pas du tout en français!):

« Yes sir!« , voire même un beau « Yes sir, mon homme!« 

(Remarquez l’étrangeté du « sir » et « mon homme », l’un après l’autre!)

Un mystère persiste cependant pour moi, d’où vient le « t » de « de t’ça »? Car il faut bien dire qu’on n’entendrait jamais cette expression dit de la manière suivante:

« Parle-moi de cela! »

Pour être comprise et pour avoir toute sa portée d’enthousiasme, cette expression doit bel et bien être dite avec l’accent et les contractions québécoises.

Peut-être était-ce dit « parlez-moi de tout ça » auparavant?

Tsé veut dire ?

Point d'interrogation et d'exclamationCette expression québécoise, au charme légèrement désuet, est d’un sens évident pour tout Québécois francophone, mais beaucoup moins pour l’ensemble des Français. Il faut donc préciser qu’il s’agit d’une contraction de « tu sais ce que je veux dire ». On la retrouve le plus souvent écrit « tsé veut dire», même si elle devrait plutôt s’écrire « tsé veux dire » (si on se fit à sa version non-contractée).

En France, des équivalents aussi courants, mais moins retravaillés par l’usage populaire, seraient « tu vois » ou « t’sais », aussi utilisés au Québec.

Toutes ces phrases sont utilisées aussi bien sous la forme d’interjection que d’interrogation, avec des sens légèrement différents.

La forme interrogative sert à savoir si notre interlocuteur nous comprend, par exemple:

« J’ai l’impression que si je ne lui dis pas maintenant, il va faire une connerie, tsé veux dire? / tu vois?t’sais?»

La forme interjective sert plutôt à signifier l’indignation, exemple:

« Mais je lui ai dit qu’il fallait qu’il rentre tôt, tu vois! / t’sais! / tsé veux dire !»

Maintenant, il est possible de remonter la familiarité d’un cran, en ajoutant les éléments suivants à l’expression québécoise: les mots « kossé » ou « quesse », qui sont des contractions de « qu’est-ce que ».

Voici ce que ça donne:

« Tsé kossé j’veux dire! » ou encore «Tsé quesse j’veux dire!»

Je suppute, pour ma part, que c’est la forte propension au consensus, propre aux peuples nordiques et aussi bien présente au Québec, qui pourrait être la cause de la popularisation de cette expression, au point d’avoir fait qu’elle se soit contractée en de multiples formes. Mais ça, c’est mon opinion.

Cette expression québécoise était très populaire dans les années 60-70-80, même si elle l’est un peu moins de nos jours.

Que signifie selon vous la lente disparition de cette expression parmi les jeunes générations ?

Clair comme de l’eau sale (+ Erratum)

Eau sale et verteCette expression française peu courante et pas banale peut vous servir en France lorsque, un interlocuteur vous présentant une explication fallacieuse, confuse ou embrouillée, vous avez subitement envie de lui dire subtilement que vous ne comprenez rien, que vous ne bitez que-quick ou encore que vous êtes en total désaccord.

En lui répliquant ironiquement « Ouais, c’est clair comme de l’eau sale… » vous lui signifiez par cet oxymore que c’est tout sauf « clair comme de l’eau de roche » !

Cette expression est aussi appropriée pour décrire quelque chose qui a l’air évident, mais qui est en fait plutôt ambigu…

—————

Mise-à-jour

J’ai fait une erreur! Tel qu’il m’a été signalé par des lecteurs éclairés, l’expression « Clair comme de l’eau sale » n’existe pas. (Aah, ma sale mémoire a flanché!)

Il existe des expressions similaires, dont les suivantes :

« Clair comme de l’eau trouble« 

« Clair comme du jus de chaussette« 

« Clair comme de l’eau de vaisselle« 

« Clair comme du jus de chique« 

Le sens de ces expressions semble être le même que ce qui est décrit ci-dessus cependant.

Désolé pour l’imbroglio…

Merci pour votre compréhension et votre vigilance à tous!

Sur le nerf, le gros nerf…

nerve cell

Être sur les nerfs et taper sur les nerfs sont des expressions communes au Québec et à la France. Il y a  cependant des variantes et d’autres expressions avec le mot « nerf » propres à chaque pays.

Au Québec, on dira de quelqu’un qu’il est sur le gros nerf, alors qu’en France on dira aussi qu’il a les nerfs, ou encore qu’il a les nerfs en boule, à fleur de peau, en pelote, à vif, ou tendus.

En parlant de quelqu’un d’énervant, on dira au Québec qu’il nous tape sur le gros nerf, qu’il nous fait prendre les nerfs, ou encore pogner* les nerfs. En France, on dira plutôt que quelqu’un nous porte ou nous donne sur les nerfs.

Au Québec, on peut interpeller quelqu’un en disant : Heille, les nerfs ! pour le sommer de se calmer. Plus vulgairement, on peut aussi ajouter un sacre: Les nerfs, estie !

Extrait de Fredak.com :
Calme-toi (calme tes nerfs). Pour accentuer : « les nerfs ‘sti ! » = « mais putain calme-toi !! ». Dans ce genre d’expression l’accent québécois est encore plus fort. Donc « nerf » se prononce « naère ».

Les Français utilisent aussi l’expression passer ses nerfs sur quelqu’un, qui signifie se défouler sur quelqu’un (qui n’est généralement pas la source du problème).

Il existe aussi deux expressions en France associant les nerfs à la guerre. L’expression le nerf de la guerre est citée par plusieurs auteurs connus sous la forme du proverbe L’argent est le nerf de la guerre. Cette expression est très ancienne et d’origine latine.

Extrait de L’Internaute.com :
Proverbe latin. Ce proverbe est cité par Cicéron et semble dériver de l’expression : « L’argent est le nerf des affaires. » Il semble avoir été rendu populaire en France par Rabelais dans Gargantua.

L’expression la guerre des nerfs désigne des méthodes utilisées pour saper les défenses d’un adversaire. Par exemple:

– Ils ne sont pas d’accord pour le divorce, alors en cour ça risque d’être la guerre des nerfs.

Pour finir, mentionnons l’expression paquet de nerfs, qui désigne une personne très nerveuse. Cette expression semble être utilisée plus couramment au Québec, bien qu’elle existe aussi en France.

—–

* Joual du mot « prendre ».

Extrait du « Dictionnaire québécois » :
Pogner : Verbe propre au langage populaire québécois. On l’utilise dans les cas suivants : [1] pour marquer l’acte d’attraper, de choper quelqu’un ou quelque chose ; [2] pour marquer l’acte de prendre quelqu’un sur le fait, de le pincer ; [3] pour indiquer que l’on comprend quelque chose, dans le sens de piger ; [4] pour signaler l’acte de s’émouvoir (ex ; ça me pogne aux tripes!).

Avoir la bonne tête bien faite d’une bonne personne

Une personne décrite tel que ci-dessus se « trouverait à être greyée » ou « full-equip » au Québec ou encore « garnie » en France! Ici sont rassemblées trois expressions (deux françaises et une québécoise) qui ne sont, bien sûr, pas à utiliser ensemble. Deux « tournent autour » de la tête, mais toutes utilisent la notion de bien, ce qualificatif bien catégorique, pour émettre un jugement positif à l’égard de quelqu’un*.

Avoir une bonne tête

Les premières fois que j’ai entendu cette expression en France, je dois avouer que j’ai un peu mal réagi : « Une bonne tête, oook… C’est quoi une mauvaise tête, déjà ? » Même si cela semble (et est dans une certaine mesure) un jugement très arbitraire et catégorique sur une personne, cela est (heureusement!) toujours utilisé positivement. Avoir une bonne tête veut dire avoir un air sympathique et/ou honnête, un peu comme on dit au Québec être une bonne personne.

Être une bonne personne

Comme on dit en France avoir une bonne tête, au Québec être une bonne personne est souvent un jugement très arbitraire (bien que positif) et rarement appuyé par des faits lors de la conversation même où l’expression est utilisée. Une bonne personne, quelqu’un qui a une bonne tête, c’est un peu comme un sophisme, ça dit tout, ça ne peut pas vraiment être remis en question, car les bonnes personnes savent ce qu’est une bonne personne, c’est bien connu! (au risque de douter qu’elle soient elles-mêmes de bonnes personnes…?) Ceci dit l’expression être une bonne personne repose plus sur la notion de bonté et met moins l’accent sur l’apparence que sa cousine française. On peut dire qu’elle s’apparenterait plus à l’expression française « avoir bon fond ».

Avoir une tête bien faite

Je ne sais pas s’il s’agit de mon esprit nord-américain, ou quoi encore, mais j’ai toujours eu du mal personnellement avec cette expression. Pas du mal à la comprendre, mais à l’accepter, la percevant comme trop incorrect politiquement, à la limite de l’eugénisme. On parle ici plus d’intelligence, sa tête bien faite permettant à son porteur des raisonnements plus logiques et intelligents que la moyenne. Avoir une tête bien faite est un peu comme le compliment ultime en France. Avec ça, tout pour réussir…

Mais ceci n’implique que moi! Et vous, que pensez-vous de ces expressions françaises et québécoise?

____

* Nous ne parlerons pas ici de l’expression française « être bonne » en parlant d’une femme, qui est une toute autre thématique et fera l’objet d’un autre article…

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 27 autres abonnés