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Être s’a’ coche et rater le coche!

Deux expressions si proches, mais si loin à la fois… de « vrai » faux-amis!

Dans le coin québécois, nous avons:

« Wow, c’est s’a’ coche!« 

et dans le coin français:

« …et il rate le coche!« 

Utilisant toutes deux le mot « coche« , ces expressions sont « confusantes » comme on dirait au Québec… mais comme il s’agit d’homonymes de genre et de signification différents, elles n’ont pas grand chose à voir. Eclaircissons tout le suite les significations multiples du mot « coche »:

La « coche » (n.f.) de l’expression québécoise est un régionalisme synonyme d’encoche ou d’entaille.

Le « coche » (n.m.) de l’expression française est un terme ancien qui désigne la voiture de transport de personnes conduite par un cocher au 16e siècle.

Maintenant, les expressions en elles-mêmes:

L’expression québécoise, que l’on peut croiser actuellement dans tous les milieux et à la télé québécoise, est constituée d’une contraction d’accent québécois, qui peut la rendre difficile à appréhender pour un Français. C’est pourquoi je prends tout de suite le temps de décrire cette contraction: le « s’a » (sans jeu de mots psychanalytique, s’il vous plaît) est une contraction québécoise très répandue, non-spécifique à cette expression. Pour la comprendre, voici une décomposition de cette contraction par étapes:

Etre s’a’ coche

Etre su’a coche

Etre sur la coche

L’étape intermédiaire « su’a » se dit aussi, quoiqu’elle fait plus ancienne et plus campagnarde. Dans les 2 cas, on laisse traîner le « aa » un peu… mais je m’égare, car quelle que soit la façon dont vous la prononcez, le sens de cette expression reste le même!

Auparavant, l’expression aurait simplement signifié « être très précis », assez littéralement. Mais récemment, le sens de cette expression a commencé à s’élargir pour désigner ce qui est bien et « cool » en général. De plus, il est difficile de traduire le sens de cette expression sans la comparer à une expression anglophone très proche, « on the cutting edge », qui est aussi pas mal sur la coche au sens littéral et figuré! On dirait que la francophone a quelque peu copié ses voisins du sud… Mais ce n’est pas la première, ni la dernière fois que nous sommes influencés par nos voisins!

L’expression française, elle, comporte quelques variantes: rater, manquer ou louper le coche. Elle signifiait d’abord littéralement rater son moyen de transport, pour ensuite désigner le fait de rater une bonne occasion, un momentum. L’expression a ensuite dérivé en « rater le train » (un peu plus contemporain que le coche en France!) qui a le même sens. Ces expressions françaises équivaudrait à l’expression québécoise « rater le bateau« .

Merci à Claude pour son apport de l’expression « rater le coche ». 😉

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La bastringue… et les baltringues!

Mary Travers dite La Bolduc

Comment ne pas confondre ces deux paronymes! Si ces deux mots sont d’origine française, un seul est commun au Québec et à la France, il s’agit du mot «bastringue».

Comment parler de la bastringue sans mentionner le fleuron du folklore québécois, cette chanson interprétée dans les années 1930 par Mary Travers dite La Bolduc, considérée comme la première chansonnière québécoise.

Quand on écoute les paroles de cette chanson (voir les paroles en fin d’article), on serait tenté de croire que la bastringue est une sorte de danse (et au Québec le mot était peut-être utilisé dans ce sens dans ces années-là) mais il s’agirait plutôt du lieu ou de l’occasion où cette danse prend place, soit un bal populaire ou une soirée dansante. Par la suite et plus près de nous, le mot a finalement été utilisé plutôt pour désigner un vacarme et un ensemble d’objets divers, comme dans:

Ramasse ton bastringue!

Arrêtez votre bastringue!

Parlons maintenant du mot «baltringue». Ce mot toujours utilisé de manière très négative qualifie une personne comme incompétente ou incapable de manière familière:

Regarde-moi ce baltringue!

Malheureusement, la paronymie est telle entre les mots «bastringue» et «baltringue» qu’on souhaiterait y voir un sens commun quelconque, mais il n’y en a aucun! De plus, il faut mentionner que le mot «bastringue», bien qu’il fasse partie du folklore commun au Québec et à la France, n’est que bien peu utilisé de nos jours. Alors que le mot «baltringue» est toujours en usage dans le langage familier en France.

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La bastringue

Interprètes: Mary Bolduc et Ovila Légaré (1930)

Elle – Monsieur, monsieur je voudrais danser

Ah! la bastringue et puis la bastringue

Monsieur, monsieur je voudrais danser

La bastringue d’en bas d’Gaspé.

Lui – Venez, venez, j’vais vous faire danser

La bastringue, et puis la bastringue

Venez, venez j’vais vous faire danser

La queue d’votr’ robe va r’voler.

Elle – Avec toi je veux pas danser

Ah! la bastringue et puis la bastringue

Avec toi je veux pas danser

Tu es bien trop excité.

Lui – Mais dis-moi donc, t’es pas gênée

La bastringue, la bastringue

Mais dis-moi donc t’es pas gênée

D’ v’nir m’insulter dans une veillée.

Elle – T’as pas besoin de te fâcher

Ah! la bastringue et puis la bastringue

T’as pas besoin de te fâcher

J’ai fait ça, c’est pour t’étriver*.

Lui – Me voilà donc le coeur brisé

La bastringue et puis la bastringue

Me voilà donc le coeur brisé

D’la peine que tu m’as donnée.

Elle – Viens dans mes bras mon cher André

Ah! la bastringue et puis la bastringue

Viens dans mes bras mon cher André

Viens donc, je vais t’embrasser.

Lui – T’as donc un beau bec sucré

La bastringue, la bastringue

T’as donc un beau bec sucré

Je suis prêt à r’commencer.

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*Etriver: agacer, taquiner.

Un char, un gros char

Un char

Quoi de mieux qu’un classique pour se remettre en jambe! Débutons par le mot québécois « char ».

C’est souvent le premier mot qui vient à l’idée des Français quand ils pensent au parler québécois. « Ah oui, vous dites « char », c’est bien ça? », diront-ils avec un « a » tellement haut que cela donnera une toute nouvelle classe à ce mot bien familier, équivalent des mots français « bagnole » ou « caisse »… (pour avoir une idée de la prononciation québécoise, voir le lien de ce blog)

Mais il s’agit presque d’un faux-amis tant les référents sont différents, alors clarifions d’abord ceci:

Pour les Français, le mot char est plutôt associé au char militaire. Voici la seule expression française (que je connaisse en tout cas) avec ce mot:

Arrête ton char!

qui veut dire « arrête de frimer », ou en québécois « arrête d’en mettre »…

Pour les Québécois, le mot char était historiquement utilisé pour désigner les trains et les tramway; les trains étant les gros chars et les tramway, les petits. Puis, quand l’automobile s’est démocratisée, elle s’est d’abord appelée « char électrique » au Québec et par la suite uniquement « char ». On dit encore aujourd’hui: chauffer un char, pour conduire une automobile, partir le char, pour démarrer la voiture, parquer son char pour le stationner (sur cet anglicisme voir aussi l’article « Le parking et le shopping »).

Ces « appareils » ayant été à une certaine époque de véritables attractions, ils ont par la suite suscité toute une série d’expressions:

C’est pas les gros chars

qui veut dire que ce n’est rien d’extraordinaire
En avoir son char

qui veut dire « en avoir marre »

Envoyer, donner ou faire manger un char de bêtises à quelqu’un

et même ensuite

Envoyer, donner ou faire manger un char de marde* à quelqu’un

qui veut dire engueuler quelqu’un

C’est juste un char de marde*

qui signifie une source de problèmes sans fin

Ensuite, l’expression « un char pis une barge » qui veut seulement dire « une grande quantité » peut être utilisé de la manière suivante:

En avoir un char pis une barge

Ahhh le char, ce mot riche en rebondissement…

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* le mot « marde » est un dérivé de merde

Lourd et heavy

« Lourd » en France est un faux ami de « heavy » au québec…

En France, quand on dit « c’est lourd » (voire en verlan « c’est relou »), ça veut dire que quelque chose est chiant.

Alors qu’au Québec, quand on dit « c’est heavy« , ça veut soit dire que c’est très bien ou désagréable… selon le contexte. En tout cas, cela décrit quelque chose d’intense dans un sens ou dans l’autre.

Des exemples…

En France :

  • « Il est lourd ce mec. » = il est chiant.

Au Québec :

  • « C’était heavy quand la soeur d’untel elle a dit… » = c’était chiant, bizarre, génant, grave.
  • « C’était heavy cette expo… » = c’était intéressant, intense

La fin de semaine… puis le week-end !

Eh oui ! Même le week-end et la fin de semaine ne signifient pas la même chose pour les Français et les Québécois!

Pour le Québécois, le week-end et la fin de semaine signifient strictement la même chose; l’un est un anglicisme et l’autre pas.

Par contre, les Français ont donné un sens différent à ces expressions. Pour le Français, le week-end signifie bien la même chose que la fin de semaine pour le québécois, soit le samedi et le dimanche. Mais, l’expression « fin de semaine » pour le Français signifie une période qui se trouve dans la semaine même et c’est le jeudi et le vendredi…

Si l’usage de l’anglicisme week-end en France peut sembler abusif pour le Québécois (défense de la langue française oblige!), il se trouve justifié par le deuxième sens qui est donné à l’expression fin de semaine. Ce sens donné à l’expression fin de semaine comporte une certaine logique, car comportant le mot semaine qui signifie lundi au vendredi dans l’esprit français, l’expression ne pourrait pour eux désigner le samedi et le dimanche! Mais cette logique restera toujours trop fragile pour le Québécois car week-end ne comprend-il pas aussi le mot « week », exactement de la même manière que « fin de semaine » comporte le mot « semaine »?

L’usage de l’anglais dans la langue français au Québec et en France est tellement différent qu’il déroutera toujours ses ressortissants respectifs…!

Bas et chaussettes…

Eh oui ! Encore de faux-amis franco-québécois !

Au Québec, nous utilisons le terme « bas » pour désigner ce qui couvre les pieds allant jusqu’à la cheville ou au mollet, mais pas plus… Le terme « chaussette » est utilisé pour désigner des pantoufles, c’est-à-dire des chaussures d’intérieur plutôt chaudes (et souvent moches!).

En France, le mot « bas » désigne toujours ce qui va du pied jusqu’à la cuisse, soit des bas à jarretelle ou autres, porté par les femmes uniquement. Les chaussettes sont plutôt ce qui couvre les pieds uniquement, allant du pied à la cheville ou au mollet, porté par les hommes et les femmes.

Donc, faites gaffe, en France si vous dites à un ami, « je vais mettre mes bas pis j’arrive », car cela peut être perçu différemment !

Sentir, goûter…

Bien que ces mots soient communs à la langue française et québécoise, ils sont toutefois utilisés un peu différemment.

Au Québec, on utilise le verbe « sentir » pour le sens de l’odorat, senti par le nez (je sais ça a l’air un peu évident comme ça, mais voyez la suite…), et « goûter » pour le sens du goût, senti par la bouche…

Eh bien en France, il en est autre. On utilise souvent le verbe « sentir » en général, aussi bien pour les sens de l’odorat et du goût ou tout autre sens. Pour le sens du goût, ça peut donner par exemple : « tu sens le goût ?« 

On dit aussi « goûter » en France, lorsque l’on mange quelque chose pour la première fois ou pour en apprécier le goût : « j’ai goûter les biscuits« . Mais on ne dit pas que  » ça goûte quelque chose », mais plutôt « ça a le goût de quelque chose »… Attention, compliqué tout ça !

Reste qu’à chaque fois que je dis en France : « ça goûte bizarre ce truc-là« , tout le monde comprend mais tout le monde trouve cela très drôle. Mais voilà un mot que je ne perdrai pas, je trouve le québécois plus précis sur ce coup-là… D’ailleurs, pour le détail, on dit au Québec goûter à quelque chose mais en France goûter quelque chose…

Ouf, ça c’est fait…

Aussi, en France, le verbe « goûter » est utilisé pour une toute autre chose. C’est sûrement d’ici que vient une part de la confusion ci-dessus… Ici, il existe « un goûter » désignant un moment de la journée, vers 4 heures de l’après-midi, où on prend une collation (le plus souvent les enfants). On parle donc du goûter et ça donne : « Prendre son goûter » comme prendre son déjeuner. Le verbe « goûter » revient donc à l’action de prendre son « goûter »…