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Linguistique québécoise pour les nuls

En parcourant le site du jeu-concours sur les expressions françaises « Par chez nous on dit… » organisé en mars 2007 par Radio-Canada, je suis tombée sur une analyse très intéressante du linguiste Guy Bertrand. Il résume les influences de la langue française au Canada assez simplement et de manière assez juste je trouve…

Selon lui, voici nos influences :

  1. le vieux français : eh oui! je sais que je vais faire plaisir aux Français en écrivant cela, car c’est souvent ce que l’on dit au Québécois en France… ça en devient même parfois énervant car on peut parfois y sentir un relent de paternalisme… mais bref, oui, il va sans dire, cela fait bien sûr partie de nos influences. Par exemple, il suffit de mentionner les mots « s’enfarger » ou « baraguiner » qui sont toujours en usage au Québec;
  2. la langage des cultivateurs : les cultivateurs québécois ont inventés et transmis plusieurs expressions savoureuses. Par exemple, on retrouve souvent des expressions impliquant des animaux. Celle transmise sur leur site est excellente, c’est « vends ta vache et arrive en ville » c’est une expression qui veut dire qu’une personne n’est pas assez moderne ou pas assez au courant;
  3. la langage des trapeurs et des bucherons : de même que les cultivateurs, ils nous ont transmis leurs expressions, avec par exemple « se tirer une buche » qui veut dire s’installer ou s’asseoir, ou encore l’expression « a’ full pine » qui veut dire très rapidement;
  4. la langage des marins : on dit toujours « embarquer » dans une voiture…
  5. la langage des rites catholiques : il y a plusieurs expressions et notamment les jurons empruntés à ce langage;
  6. la langue anglaise : et évidemment, comment oublier nos voisins (et concitoyens, pour combien de temps? 😉 qui nous ont aussi transmis plusieurs mots et expressions qui conviennent tellement bien à notre condition de nord-américain. Par exemple (parmi mille) : chus « top shape » qui veut dire être en pleine forme.

Donc voilà pour les influences et maintenant, bonne dégustation !!!

Joual

Ca aurait dû être le premier article de ce blog si j’avais fait les choses dans l’ordre…

Qu’est-ce que le joual ?

Ce mot représente par extension deux choses au Québec.

Il a d’abord désigné uniquement le cheval (comme l’expression canasson en France).

C’est par ce mot que le sociolecte (ou l’argot) québécois a été mis en lumière vers la première moitié du 20e siècle. Il a ensuite été appelé le joual.

C’est l’équivalent de l’argot français.

Une chronique radio sur Québéchisme !

J’ai été interviewée sur le présent blog pour une émission « Blog à Part de la radio France Inter réalisée par Alexandre Boussageon et David Abiker.

Ecoutez la chronique ici :

Voici le texte de l’émission :

« Un blog pour apprendre à parler Québécois…

Vous voulez que je vous parle d’un blog québécois ?… C’est tiguidou.

« Tiguidou » n’est pas le nom de ce blog, non, c’est une expression québécoise qui signifie « c’est parfait, c’est d’accord ».

Alors, puisque c’est d’accord, je vais vous parler de « quebechisme.blog .com. », le blog sympa d’une québécoise de Paris. Mais s’il existe des québéchismes[sic!], comme il existe des gallicismes, peut-on pour autant parler d’une « langue québécoise » ?… Ecoutez… »

Là c’est ma partie :

Je dis en gros qu’on ne peut peut-être pas encore parler d’une langue québécoise parce qu’il n’y a pas assez de différence à l’écrit. J’ajoute qu’il y a cependant beaucoup de différence dans le parler au niveau de la formulation des phrases (par exemple, on met souvent deux « tu » dans une question, ce qui donne :  « tu veux-tu ? ») et beaucoup d’expressions québécoises qu’on peut nommer « québécisme ».

Malheureusement, peut-être à cause du nom de mon blog, l’animateur prononce « québéchisme ». Il est peut-être pas évident que le nom du blog se veut un jeu de mot entre Québec et schisme… Bref, on le pardonne de ne pas avoir cherché dans le dictionnaire !

Je parle pour finir de l’expression « se tirer une buche », qui veut dire « prend une chaise ». Je dis que même si je pensais l’on comprendrait cette expression, car le sens me semblait évident, j’ai pu constaté que ça ne l’est pas tant que ça.

Le chroniqueur poursuit…

« Pas évident du tout même. Mais il y a…disons plus gênant. C’est l’histoire de la jeune femme qui décide de tirer une pipe à son mari. J’ai dit « tirer ».

Je crois qu’il y a eu confusion avec l’expression « tirer la pipe »…

Parce que « tirer une pipe »[sic, encore! on tire la pipe à quelqu’un mais on ne lui tire pas une pipe!], dans la belle province, c’est taquiner. Remarquez, il y a mille et une manières pour une dame de taquiner un monsieur. Mais passons, on en a « plein son cas »…

Il aurait fallu prononcer « casss », contraction de casque, sinon ça donne un cas…

« …des histoires salaces, ras le pompon en somme. Et le blog qui nous occupe s’attache aussi à des expressions parfaitement innocentes.

Exemple : « attache ta tuque ! » qui signifie littéralement « attache ton bonnet » et que l’on traduira par… « ça va décoiffer ».

Maintenant, si ce blog vous fait mal au bloc, c’est à dire mal à la tête, vous pouvez essayer le site « parlerquebecois », destiné, lui, aux touristes. On y apprend qu’une liqueur est une boisson gazeuse et que, là-bas, la plupart des femmes portent des brassières, autrement dit des soutiens-gorge.

On s’y perd. Et voilà que l’office québécois de la langue française s’en mêle. En fait cela fait des années qu’il s’en mêle, particulièrement sur la toile où il défend, mieux que nos élites hexagonales, et avec plus de constance, la langue du père Hugo.

Qu’on se rassure, ce militantisme n’exclut pas l’humour. On le mesurera en cliquant sur la rubrique « jeux linguistiques ». Il y en a là de toutes sortes. Par exemple, dire rapidement des phrases particulièrement vicieuses comme celle-ci « il reste presque treize fraises fraîches ». Pas facile à caser dans la conversation de tous les jours.

Un autre jeu ? Mettre au féminin les noms suivants : agriculteur, maçon, clown, sergent…

Ne comptez pas sur nous pour avoir la réponse, on vous donne l’adresse du site, c’est déjà pas mal ! »

Assez bel éloge du québécois, malgré que cela a été fait par des Français, ne trouvez-vous pas? ;-> !

En français… de France !

Quand je discute d’expressions québécoises avec des Français, ils me répondent souvent pour parler de leurs expressions : « Oui, mais en français, on dit…« . Alors moi, je me dépèche de les corriger :  « Tu veux dire : en français… de France ! » Et ceux-ci de ne pas comprendre ce qui pour eux semble un pléonasme…

On serait alors porté à croire qu’il n’est pas encore acquis qu’il n’y a plus qu’une seule façon de parler le français ! Ce n’est pas un pléonasme de dire « le français de France », comme on dit « le français du Québec » ou « le français du Sénégal » (voir la définition de « français » dans le Dictionnaire de l’Académie Française). Depuis longtemps déjà, la langue française n’appartient plus exclusivement aux Français, comme l’anglais n’appartient plus qu’aux seuls Anglais. La langue française est désormais l’apanage de plusieurs peuples, dont les Québécois sont parmi les défenseurs les plus actifs…

Petit manuel des Québécois à l’usage des Français

Ce n’est peut-être pas évident mais cela peut être une insulte pour un Québécois de s’entendre dire qu’on ne parle pas comme il parle dans sa propre langue.

Imaginez : pour un peuple qui a dû se battre pour conserver sa langue face à l’écrasante opposition anglophone, c’est un coup dur d’arriver chez ses compatriotes francophones et qu’on semble remettre encore en cause le fait que ce qu’il parle soit bien une langue…! 😉