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Y fa’ frette !

City of Lévis on Saint Lawrence river, provinc...

La ville de Lévis en hiver

Au Québec, en cette fin de mars, il a fait encore des -10ᵒC et on a pu encore dire:

Y fait pas froid, y fa’ frette!

Avec l’accent québécois, on donne toute l’emphase que cette phrase mérite en transformant  « fait » en « fa' » et « froid » en « frette ». J’ajouterai même que, selon moi, le mot joual « frette » conviendrait mieux pour décrire le froid québécois… un froid qui crispe les mâchoires et donne du mordant au parlé!

Noum-noum, d’la bonne soupane!

Gruau et framboises

Gruau et coulis de framboises (Image par Jo Peattie)

Il s’agit d’une bouillie de farine d’avoine ou de maïs agrémentée d’un peu de sucre brun, de coulis de fruits ou (pour le mieux!) de sirop d’érable. Le gruau est reconnu comme un « comfort food » par ses adeptes. Pour ma part, je l’aime accompagné d’une tartine de beurre d’arachide, pour ajouter un côté sucré-salé…

Mais qu’est donc la soupane dans tout cela? Mais du gruau, pardi! Si vous n’avez jamais croisé ce mot, vous pourrez le faire dans la littérature québécoise classique, que ce soit chez Yves Thériaux, Gabrielle Roy ou Yves Beauchemin. Moins en usage aujourd’hui, il s’agit d’un amérindianisme dont l’origine est algonquine et découle du mot « sappaun ». Qui l’eut cru? 😉

La bastringue… et les baltringues!

Mary Travers dite La Bolduc

Comment ne pas confondre ces deux paronymes! Si ces deux mots sont d’origine française, un seul est commun au Québec et à la France, il s’agit du mot «bastringue».

Comment parler de la bastringue sans mentionner le fleuron du folklore québécois, cette chanson interprétée dans les années 1930 par Mary Travers dite La Bolduc, considérée comme la première chansonnière québécoise.

Quand on écoute les paroles de cette chanson (voir les paroles en fin d’article), on serait tenté de croire que la bastringue est une sorte de danse (et au Québec le mot était peut-être utilisé dans ce sens dans ces années-là) mais il s’agirait plutôt du lieu ou de l’occasion où cette danse prend place, soit un bal populaire ou une soirée dansante. Par la suite et plus près de nous, le mot a finalement été utilisé plutôt pour désigner un vacarme et un ensemble d’objets divers, comme dans:

Ramasse ton bastringue!

Arrêtez votre bastringue!

Parlons maintenant du mot «baltringue». Ce mot toujours utilisé de manière très négative qualifie une personne comme incompétente ou incapable de manière familière:

Regarde-moi ce baltringue!

Malheureusement, la paronymie est telle entre les mots «bastringue» et «baltringue» qu’on souhaiterait y voir un sens commun quelconque, mais il n’y en a aucun! De plus, il faut mentionner que le mot «bastringue», bien qu’il fasse partie du folklore commun au Québec et à la France, n’est que bien peu utilisé de nos jours. Alors que le mot «baltringue» est toujours en usage dans le langage familier en France.

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La bastringue

Interprètes: Mary Bolduc et Ovila Légaré (1930)

Elle – Monsieur, monsieur je voudrais danser

Ah! la bastringue et puis la bastringue

Monsieur, monsieur je voudrais danser

La bastringue d’en bas d’Gaspé.

Lui – Venez, venez, j’vais vous faire danser

La bastringue, et puis la bastringue

Venez, venez j’vais vous faire danser

La queue d’votr’ robe va r’voler.

Elle – Avec toi je veux pas danser

Ah! la bastringue et puis la bastringue

Avec toi je veux pas danser

Tu es bien trop excité.

Lui – Mais dis-moi donc, t’es pas gênée

La bastringue, la bastringue

Mais dis-moi donc t’es pas gênée

D’ v’nir m’insulter dans une veillée.

Elle – T’as pas besoin de te fâcher

Ah! la bastringue et puis la bastringue

T’as pas besoin de te fâcher

J’ai fait ça, c’est pour t’étriver*.

Lui – Me voilà donc le coeur brisé

La bastringue et puis la bastringue

Me voilà donc le coeur brisé

D’la peine que tu m’as donnée.

Elle – Viens dans mes bras mon cher André

Ah! la bastringue et puis la bastringue

Viens dans mes bras mon cher André

Viens donc, je vais t’embrasser.

Lui – T’as donc un beau bec sucré

La bastringue, la bastringue

T’as donc un beau bec sucré

Je suis prêt à r’commencer.

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*Etriver: agacer, taquiner.

Pinard

 

Voici un mot bien français, bien que familier. Désignant le vin, il daterait de la première guerre mondiale, où on servait du vin de piètre qualité aux soldats, pour leur donner du courage au combat. Signifiant d’abord un vin de mauvaise qualité, du «gros rouge qui tache», de la «vinasse», il est ensuite passé dans l’usage courant pour signifier aujourd’hui le vin en général.

«Allez Gérard, donne-moi un coup de pinard!»

Un coup étant ici un verre bien sûr…

 

 

Y biter que-quick…

 

Voici une expression française qui sonne tout sauf français: «biter que-quick», comme dans, par exemple:

«Moi, j’y bite que-quick à tout ça!»

Comme c’est assez cryptique pour un québécois, je vais tout de suite clarifier qu’en gros, ça veut dire qu’on ne comprend rien.

Comme on peut dire:

«J’y pige rien»

On peut aussi dire:

«J’y bite rien»

Que vient faire la bite dans tout ça, me direz-vous. Je me le demande bien. Si quelqu’un a une piste, ça m’intéresse!

Après, vient la cerise sur le sundae, le fameux «que-quick »:

«J’y pige ou j’y bite que-quick

Toujours en usage bien qu’un peu ancienne, cette expression a ce petit côté surannée des expressions semblant dater d’un demi-siècle et venir tout droit de l’époque des zazous! Pour ajouter au mystère, il est difficile d’en trouver l’origine et même de trouver comme cela doit s’écrire…

Des pistes, quelqu’un?

Un char, un gros char

Un char

Quoi de mieux qu’un classique pour se remettre en jambe! Débutons par le mot québécois « char ».

C’est souvent le premier mot qui vient à l’idée des Français quand ils pensent au parler québécois. « Ah oui, vous dites « char », c’est bien ça? », diront-ils avec un « a » tellement haut que cela donnera une toute nouvelle classe à ce mot bien familier, équivalent des mots français « bagnole » ou « caisse »… (pour avoir une idée de la prononciation québécoise, voir le lien de ce blog)

Mais il s’agit presque d’un faux-amis tant les référents sont différents, alors clarifions d’abord ceci:

Pour les Français, le mot char est plutôt associé au char militaire. Voici la seule expression française (que je connaisse en tout cas) avec ce mot:

Arrête ton char!

qui veut dire « arrête de frimer », ou en québécois « arrête d’en mettre »…

Pour les Québécois, le mot char était historiquement utilisé pour désigner les trains et les tramway; les trains étant les gros chars et les tramway, les petits. Puis, quand l’automobile s’est démocratisée, elle s’est d’abord appelée « char électrique » au Québec et par la suite uniquement « char ». On dit encore aujourd’hui: chauffer un char, pour conduire une automobile, partir le char, pour démarrer la voiture, parquer son char pour le stationner (sur cet anglicisme voir aussi l’article « Le parking et le shopping »).

Ces « appareils » ayant été à une certaine époque de véritables attractions, ils ont par la suite suscité toute une série d’expressions:

C’est pas les gros chars

qui veut dire que ce n’est rien d’extraordinaire
En avoir son char

qui veut dire « en avoir marre »

Envoyer, donner ou faire manger un char de bêtises à quelqu’un

et même ensuite

Envoyer, donner ou faire manger un char de marde* à quelqu’un

qui veut dire engueuler quelqu’un

C’est juste un char de marde*

qui signifie une source de problèmes sans fin

Ensuite, l’expression « un char pis une barge » qui veut seulement dire « une grande quantité » peut être utilisé de la manière suivante:

En avoir un char pis une barge

Ahhh le char, ce mot riche en rebondissement…

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* le mot « marde » est un dérivé de merde

Des fruits et légumes…

Certains fruits et les légumes ne portent pas les mêmes noms en France et au Québec. D’autres sont un peu différents d’un pays à l’autre, ou n’existent carrément pas dans l’un ou l’autre des pays. En voici quelques uns..

Des fruits

Commençons tout d’abord avec la « cerise de terre« , ce petit fruit savoureux qui se trouve enfermé dans une espèce de petite lanterne en papier. En France, il est appelé « amour en cage » (joli nom!), ou plus prosaïquement par son nom latin, « physalis ». Il s’y fait beaucoup plus rare qu’au Québec. On le voit parfois en décoration sur certaines pâtisseries et encore, elles y sont vraiment décoratives car rarement mûres. Au Québec, on les appelle aussi « cerises en chemise ».

Ensuite, il y a les « bleuets« , fruit cher aux Québécois et très courant là-bas, appelés « myrtilles » en France.

Il y a aussi les « gadelles » du Québec, appelées « groseilles » en France. Ce fruit est plus courant en France qu’au Québec.

Les « catherinettes » n’existent pas en France. Ce fruit québécois ressemblent fortement à la framboise. Elles sont d’une famille proche, la « rubus pubescens ».

Le fruit nommé « lime » au Québec est nommé « citron vert » en France. Il est plus couramment trouvé et utilisé au Québec qu’en France.

Des légumes

Les échalottes sont différentes en France et au Québec. Les « échalotes » du Québec sont appelés « oignons verts » en France, à cause de leurs longues tiges vertes succulentes.

Ce qui est appelé « échalote » en France est un peu comme des échalotes québécoises qui auraient continuer à pousser et dont le bulbe blanc aurait grossis, pour donner de petits oignons blancs… On ne peut manger ses tiges vertes, qui sont trop coriaces.

Cependant, son bulbe peut se conserver et être mangé sec, comme pour les oignons.

Les « piments » sont au Québec une grande famille qui inclut les piments doux, appelé « poivrons » en France, et les piments forts. En France, seuls les piments forts se nomment « piments ».

Beaucoup d’autres fruits et légumes diffèrent entre la France et le Québec…