Rangé des voitures

Expression Se ranger des voitures

Expression "Se ranger des voitures" telle qu'illustrée par le site L'Internaute

 

On dit de celui qui a eu une vie dissipée voire délurée et qui s’assagit, qu’il se range des voitures. On pourrait aussi dire « se ranger de la circulation ».

Cette expression « améliore » l’expression plus ordinaire « se ranger » en lui ajoutant quelque chose de cocasse, comme l’illustre un peu la photographie du site L’Internaute ci-contre.

 

Dans un site d’analyse des paroles de Brassens, un certain Henri T. explique mieux le sens de l’expression dans l’argot français:

« Se ranger, c’était, en argot, rentrer dans la légalité, cesser de voler, de faire le maquereau, etc., pour échapper à la prison ou à la guillotine. Par extension, se ranger des voitures, c’est littéralement cesser de prendre des risques. »

Plus de détails de l’excellent site Expressio:

« Loredan Larchey, dans son Dictionnaire Historique de l’Argot, évoque celui qui, pour changer de vie, quitte Paris et les dangers de sa circulation de l’époque dus aux véhicules hippomobiles dont les cochers n’étaient, paraît-il, pas plus civilisés que certains conducteurs d’aujourd’hui. Mais on peut aussi y voir une plaisanterie sur « changer de conduite ». »

 

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Y fa’ frette !

City of Lévis on Saint Lawrence river, provinc...

La ville de Lévis en hiver

Au Québec, en cette fin de mars, il a fait encore des -10ᵒC et on a pu encore dire:

Y fait pas froid, y fa’ frette!

Avec l’accent québécois, on donne toute l’emphase que cette phrase mérite en transformant  « fait » en « fa' » et « froid » en « frette ». J’ajouterai même que, selon moi, le mot joual « frette » conviendrait mieux pour décrire le froid québécois… un froid qui crispe les mâchoires et donne du mordant au parlé!

Noum-noum, d’la bonne soupane!

Gruau et framboises

Gruau et coulis de framboises (Image par Jo Peattie)

Il s’agit d’une bouillie de farine d’avoine ou de maïs agrémentée d’un peu de sucre brun, de coulis de fruits ou (pour le mieux!) de sirop d’érable. Le gruau est reconnu comme un « comfort food » par ses adeptes. Pour ma part, je l’aime accompagné d’une tartine de beurre d’arachide, pour ajouter un côté sucré-salé…

Mais qu’est donc la soupane dans tout cela? Mais du gruau, pardi! Si vous n’avez jamais croisé ce mot, vous pourrez le faire dans la littérature québécoise classique, que ce soit chez Yves Thériaux, Gabrielle Roy ou Yves Beauchemin. Moins en usage aujourd’hui, il s’agit d’un amérindianisme dont l’origine est algonquine et découle du mot « sappaun ». Qui l’eut cru? 😉

Être s’a’ coche et rater le coche!

Deux expressions si proches, mais si loin à la fois… de « vrai » faux-amis!

Dans le coin québécois, nous avons:

« Wow, c’est s’a’ coche!« 

et dans le coin français:

« …et il rate le coche!« 

Utilisant toutes deux le mot « coche« , ces expressions sont « confusantes » comme on dirait au Québec… mais comme il s’agit d’homonymes de genre et de signification différents, elles n’ont pas grand chose à voir. Eclaircissons tout le suite les significations multiples du mot « coche »:

La « coche » (n.f.) de l’expression québécoise est un régionalisme synonyme d’encoche ou d’entaille.

Le « coche » (n.m.) de l’expression française est un terme ancien qui désigne la voiture de transport de personnes conduite par un cocher au 16e siècle.

Maintenant, les expressions en elles-mêmes:

L’expression québécoise, que l’on peut croiser actuellement dans tous les milieux et à la télé québécoise, est constituée d’une contraction d’accent québécois, qui peut la rendre difficile à appréhender pour un Français. C’est pourquoi je prends tout de suite le temps de décrire cette contraction: le « s’a » (sans jeu de mots psychanalytique, s’il vous plaît) est une contraction québécoise très répandue, non-spécifique à cette expression. Pour la comprendre, voici une décomposition de cette contraction par étapes:

Etre s’a’ coche

Etre su’a coche

Etre sur la coche

L’étape intermédiaire « su’a » se dit aussi, quoiqu’elle fait plus ancienne et plus campagnarde. Dans les 2 cas, on laisse traîner le « aa » un peu… mais je m’égare, car quelle que soit la façon dont vous la prononcez, le sens de cette expression reste le même!

Auparavant, l’expression aurait simplement signifié « être très précis », assez littéralement. Mais récemment, le sens de cette expression a commencé à s’élargir pour désigner ce qui est bien et « cool » en général. De plus, il est difficile de traduire le sens de cette expression sans la comparer à une expression anglophone très proche, « on the cutting edge », qui est aussi pas mal sur la coche au sens littéral et figuré! On dirait que la francophone a quelque peu copié ses voisins du sud… Mais ce n’est pas la première, ni la dernière fois que nous sommes influencés par nos voisins!

L’expression française, elle, comporte quelques variantes: rater, manquer ou louper le coche. Elle signifiait d’abord littéralement rater son moyen de transport, pour ensuite désigner le fait de rater une bonne occasion, un momentum. L’expression a ensuite dérivé en « rater le train » (un peu plus contemporain que le coche en France!) qui a le même sens. Ces expressions françaises équivaudrait à l’expression québécoise « rater le bateau« .

Merci à Claude pour son apport de l’expression « rater le coche ». 😉

La bastringue… et les baltringues!

Mary Travers dite La Bolduc

Comment ne pas confondre ces deux paronymes! Si ces deux mots sont d’origine française, un seul est commun au Québec et à la France, il s’agit du mot «bastringue».

Comment parler de la bastringue sans mentionner le fleuron du folklore québécois, cette chanson interprétée dans les années 1930 par Mary Travers dite La Bolduc, considérée comme la première chansonnière québécoise.

Quand on écoute les paroles de cette chanson (voir les paroles en fin d’article), on serait tenté de croire que la bastringue est une sorte de danse (et au Québec le mot était peut-être utilisé dans ce sens dans ces années-là) mais il s’agirait plutôt du lieu ou de l’occasion où cette danse prend place, soit un bal populaire ou une soirée dansante. Par la suite et plus près de nous, le mot a finalement été utilisé plutôt pour désigner un vacarme et un ensemble d’objets divers, comme dans:

Ramasse ton bastringue!

Arrêtez votre bastringue!

Parlons maintenant du mot «baltringue». Ce mot toujours utilisé de manière très négative qualifie une personne comme incompétente ou incapable de manière familière:

Regarde-moi ce baltringue!

Malheureusement, la paronymie est telle entre les mots «bastringue» et «baltringue» qu’on souhaiterait y voir un sens commun quelconque, mais il n’y en a aucun! De plus, il faut mentionner que le mot «bastringue», bien qu’il fasse partie du folklore commun au Québec et à la France, n’est que bien peu utilisé de nos jours. Alors que le mot «baltringue» est toujours en usage dans le langage familier en France.

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La bastringue

Interprètes: Mary Bolduc et Ovila Légaré (1930)

Elle – Monsieur, monsieur je voudrais danser

Ah! la bastringue et puis la bastringue

Monsieur, monsieur je voudrais danser

La bastringue d’en bas d’Gaspé.

Lui – Venez, venez, j’vais vous faire danser

La bastringue, et puis la bastringue

Venez, venez j’vais vous faire danser

La queue d’votr’ robe va r’voler.

Elle – Avec toi je veux pas danser

Ah! la bastringue et puis la bastringue

Avec toi je veux pas danser

Tu es bien trop excité.

Lui – Mais dis-moi donc, t’es pas gênée

La bastringue, la bastringue

Mais dis-moi donc t’es pas gênée

D’ v’nir m’insulter dans une veillée.

Elle – T’as pas besoin de te fâcher

Ah! la bastringue et puis la bastringue

T’as pas besoin de te fâcher

J’ai fait ça, c’est pour t’étriver*.

Lui – Me voilà donc le coeur brisé

La bastringue et puis la bastringue

Me voilà donc le coeur brisé

D’la peine que tu m’as donnée.

Elle – Viens dans mes bras mon cher André

Ah! la bastringue et puis la bastringue

Viens dans mes bras mon cher André

Viens donc, je vais t’embrasser.

Lui – T’as donc un beau bec sucré

La bastringue, la bastringue

T’as donc un beau bec sucré

Je suis prêt à r’commencer.

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*Etriver: agacer, taquiner.

Pinard

 

Voici un mot bien français, bien que familier. Désignant le vin, il daterait de la première guerre mondiale, où on servait du vin de piètre qualité aux soldats, pour leur donner du courage au combat. Signifiant d’abord un vin de mauvaise qualité, du «gros rouge qui tache», de la «vinasse», il est ensuite passé dans l’usage courant pour signifier aujourd’hui le vin en général.

«Allez Gérard, donne-moi un coup de pinard!»

Un coup étant ici un verre bien sûr…

 

 

Y biter que-quick…

 

Voici une expression française qui sonne tout sauf français: «biter que-quick», comme dans, par exemple:

«Moi, j’y bite que-quick à tout ça!»

Comme c’est assez cryptique pour un québécois, je vais tout de suite clarifier qu’en gros, ça veut dire qu’on ne comprend rien.

Comme on peut dire:

«J’y pige rien»

On peut aussi dire:

«J’y bite rien»

Que vient faire la bite dans tout ça, me direz-vous. Je me le demande bien. Si quelqu’un a une piste, ça m’intéresse!

Après, vient la cerise sur le sundae, le fameux «que-quick »:

«J’y pige ou j’y bite que-quick

Toujours en usage bien qu’un peu ancienne, cette expression a ce petit côté surannée des expressions semblant dater d’un demi-siècle et venir tout droit de l’époque des zazous! Pour ajouter au mystère, il est difficile d’en trouver l’origine et même de trouver comme cela doit s’écrire…

Des pistes, quelqu’un?